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Qui est Djamal Khassoghy et qui l'a assasiné ?

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Publié par dans Politique ·
Dans cent ans, les historiens spécialistes du renseignement se réuniront  probablement en colloque pour savoir qui a bien pu donner l'ordre  d'assassiner Khasogghi, cas d'école dans le monde de l'espionnage et du  complot.
On ne peut s'empêcher de penser  au baron von Hartig,  ambassadeur de Russie, comme son nom ne l'indique pas, mort d'une crise  cardiaque en juillet 1918 dans les salons de l'Ambassade autrichienne à  Sarajevo. Il était venu s'y expliquer sur ses connexions avec la Main  Noire, l'organisation clandestine des services secrets serbes, accusée  d'avoir armé le bras de Gavrilo Princip, l'assassin du Kronprinz  Franz-Ferdinand. Parce que serbes et russes, déjà, étaient alliés.

 Toute la question est aujourd'hui de savoir si von Hartig travaillait  bien pour la Russie – et pour qui exactement en Russie - ou pour le Drei  B austro-allemand qui préparait la guerre, comme certaines factions  russes, mais pas toutes.
 
Sazonov, le ministre russe des affaires  étrangères était en effet pacifiste et avait l'oreille du Tsar, tandis  que l'Ambassadeur russe à Paris, chef de la redoutable Okhrana en Europe  de l'Ouest voulait la guerre et sera d'ailleurs soupçonné d'avoir  commandité l'assassinat de Jaurès, qui s'y opposait.

Chef du DreiB,  le Colonel Nikolaï (c'est typique du monde de l'ombre, ça, quand  l'agent russe porte un nom allemand et le chef des services allemands un  nom russe...) voulait la guerre et détestait l'héritier autrichien  Franz Ferdinand, mondialiste avant l'heure, jugé défavorable aux idées  pangermanistes. Son assassinat ne pouvait que servir les intérêts  germaniques.

Pourquoi je vous raconte cette vieille histoire ? Parce  que les services saoudiens sont effectivement assez cruels pour avoir  découpé un type en morceaux et assez crétins pour l'avoir fait devant  des micros banchés. Et en plus en voyageant à quinze, ensemble, comme  s'il ne suffisait pas d'être trois ou quatre pour pareille besogne. Si  l'on cherche à qui le crime profite, ce n'est clairement pas à eux, à  moins d'avoir voulu flanquer la trouille à tous leurs opposants.
Les  Turcs, mais surtout derrière les Russes et les Iraniens boivent du  petit lait. Et les champions de la maskirovka depuis des siècles, ce  sont dans les services russes qu'il faut les chercher. Ce ne serait ni  la première, ni la dernière fois qu'ils auraient un mec haut placé dans  les services ennemis, qui par idéologie, pour l'argent ou victime d'un  chantage odieux, trahit. Et dans le cas présent, donne l'ordre d'aller  exécuter un type en terre étrangère devant les micros de la planète  entière.
 
Ce n'est qu'une pure spéculation. Il est parfaitement  possible qu'un crétin subalterne ait voulu faire du zèle ou que le  Prince Salman lui-même ait donné l'ordre. Il en est probablement capable  et cela fait plusieurs années que j'écris ici que la Russie de Poutine  et l'Arabie des Saoud ont vocation à s'entendre, entre théocraties  réactionnaires dirigées par des tyrans milliardaires. Le vrai problème  étant que comme tous les nationalistes, ces despotes auront toujours  besoin d'emm...der le voisin à un moment ou l'autre. Et, là Téhéran et  Ryadh sont super vénères...
N'empêche, une personnalité clé que ce  Khassoghy, proche des Frères Musulmans et surtout ami d'Oussama Ben  Laden depuis l'adolescence. Il était le neveu du célèbre vendeur d'armes  et le cousin germain du producteur de cinéma Dodi Al Fayed, l'amant de  Lady Di. L'homme de confiance de son oncle, Akkram Ojjeh, avait épousé  la très jeune fille (à l'époque) du chef des renseignements syriens, le  général Tlass. Qui fut un temps la meilleure copine de Dominique de  Villepin, ce qui tombait bien, juste au moment de la guerre du Golfe...

Ben Laden était lui-même le fils et l'époux de syriennes de Lattaquié.  Et c'est lui Djamal Khassoghy, que les Saoudiens envoyèrent à Khartoum  pour tenter de ramener Ben Laden à la raison, juste après que Ben Laden  et Carlos aient quitté Damas pour le Soudan, en 93. Fâché avec Salman,  Djamal s'était rapproché des Frères Musulmans et du Qatar, donc de  l'Iran.
Est-ce une raison pour le tuer ? Certainement pas. Est-ce  que cela suffira à faire oublier Skripal, Sentsov, les trois  journalistes assassinés en Centrafrique et les boucheries d'Assad en  Syrie ? J'espère que non, mais il est évident que certains en seraient  ravis.



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