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Démocratie en péril ?

Commission culture / chantiers

La démocratie en danger
"Nul ne songerait en Occident à contester la démocratie pour instituer une autre forme de régime : dans son principe, la démocratie est aujourd'hui indiscutable et triomphante. Et pourtant au nom de ce principe même, on reproche à son fonctionnement de n'être pas assez 'démocratique'. Le système représentatif est en crise, comme en témoignent la dépolitisation croissante des citoyens, la montée de l'abstention, la défiance envers le discours politique, le sentiment d'éloignement vis à vis des institutions. Notre monde change : le rôle croissant de l'économie y réduit l'influence du politique, la société civile s'autonomise et se fragmente en une somme d'individus défendant leurs intérêts particuliers, le sens du collectif tend à se perdre, les affrontements idéologiques traditionnels qui fondaient les identifications partisanes se diluent, la séparation s'efface entre sphère publique et sphère privée. Au coeur de ces mutations, la démocratie fait l'objet de revendications croissantes : protection individuelle, reconnaissance de droits nouveaux, participation plus directe à la décision politique, prise en charge des questions économiques, sociales, sociétales... Face à ces transformations, à ces remises en cause, où va notre démocratie ? Comment se répartissent les rôles entre société civile et institutions politiques? Quel impact ont les médias, les sondages, l'opinion ? Une nouvelle citoyenneté doit-elle être imaginée, rééquilibrant représentation et participation ? La démocratie peut-elle se bâtir dans le cadre européen ? Il ne s'agit nullement avec ce cycle d'ajouter à l'effervescence électorale de l'année 2007 mais, bien au contraire, d'alimenter une réflexion de fond sur notre avenir commun.

Informations complémentaires


L'effacement du politique : pouvoir informe et société victimaire, par Jean-Pierre Le Goff, sociologue au CNRS et président du club Politique Autrement
La réinvention démocratique, par Patrick Savidan, maître de conférences en philosophie à l'Université de Paris IV - Sorbonne, rédacteur en chef de 'Raison Publique', président de l'Observatoire des inégalités
Le multiculturalisme contre la diversité, par Alain-Gérard Slama, professeur à Sciences Po Paris,

D&DF à Lyon

Existe-t-il une spiritualité laïque?
Sans doute oui, pour ces religieux, encore qu'ils se déclarent mal placés pour en parler, puisqu'eux-mêmes se réfèrent à leur foi. Que pensent-ils de la laïcité? Ils se disent très attachés à la Loi de 1905 qui sépare l'Eglise et l'Etat, mais y voient surtout  le fait que toutes les religions soient traitées à égalité et aient droit au même respect dans l'espace public, évacuant au passage la place de l'athéisme. Azzedine Gaci explique que la traduction de " laïcité " en arabe signifie : sans religion ou contre  la religion, ce qui a conduit beaucoup de musulmans à penser que la laïcité française était hostile aux religions. Les quatre confessions se réfèrent fortement au commandement : " tu aimeras ton prochoan comme toi-même " dans lequel Philippe Barbarin veut voir une prémisse de la notion de fraternité, fondement de la République. Richard Wertenschlag pose le judaïsme comme la réligion-mère des monothéismes et salue les représentants des  trois autres religions par un " qu'il est agréable quand des frères se retrouvent assis ensemble ".  Joël Rochat montre un courant protestant moins hiérarchisé, et plus impliqué dans les questions de société. Au final, c'est davantage une suite de prises de paroles répondant aux questions soumises par écrit à l'avance. Peu de confrontation avec les conceptions des francs maçons présents. Une ambiance consensuelle et attentive. La légendaire qualité d'écoute des " frères et soeurs " joue à plein : deux cents cinquante personnes dînant en silence pour écouter quatre intervenants.

Jean-Jacques Gabut Grand Maître honoris causa de la Grand Loge de France
« (La laïcité c'est lorsque) les Etats se déclarent incompétents en matière de religion et les religions se déclarent incompétentes en matière de politique »

Philippe Barbarin, archevêque de Lyon
« A la différence de la santé ou de l'intelligence, la spititualité n'est pas quantifiable »
« La véritable lumière vient de l'ultime, au delà de la mort »

Richard Wertenschlag, Grand Rabbin de Lyon
« Tu aimeras ton prochain comme toi-même..en traduction négative (ça donne) ne fais pas à l'autre ce que tu ne supporterais pas qu'on te fasse »
« Si tu veux apprendre, pars, parcours le monde, cherche la lumière, mais avec l'exemplarité d'un maître »
« Le rôle de l'homme est d'améliorer son comportement »

Azzedine Gaci, président du Conseil Régional du Culte Musulman (Rhône-Alpes)
« L'islam est à la fois l'intelligence des textes et du contexte »
« Les textes fondateurs doivent s'exprimer dans le respect des lois de la République »
"La prière est comprise comme un souvenir de Dieu "
« Le port de la burqa n'est pas un précepte musulman »

Joël Rochat, président de l'Eglise Réformée de Lyon
« Il n'y a que de laïcs chez les protestants, nous sommes tous le peuple face à Dieu »
« Nous sommes fréquemment consultés par les politiques »
« Les protestants ont défendu la loi de 1905 (sur la laïcité) »
« Je suis fier que les protestants aient pris position pour la liberté des femmes, pour la contraception, pour que l'Algérie soit algérienne (...) nous avons fait notre boulot de citoyen »


Texte de Nancy Huston

Dans un de ses derniers séminaires au Collège de France, Roland Barthes a fait la défense et l’illustration du Neutre. Il revendiquait le droit de ne pas prendre position dans tous les conflits, de ne pas forcément vouloir se déclarer de droite ou de gauche, homo ou hétéro, pour ceci ou contre cela. Il pointait le goût irrépressible des humains pour le pugilat, les oppositions faciles, le conflit, qu’il appelait aussi agon.
Il trouvait que ce goût était particulièrement marqué chez les Français, friands des joutes verbales, bagarres, débats contradictoires, émissions de télévision houleuses, affrontements de toutes sortes.
A l’époque, je trouvais la neutralité de Barthes dangereusement quiétiste ; aujourd’hui, j’en comprends la sagesse.
Certes, il faut des luttes, des engagements, des empoignades ; les gens doivent se battre pour leurs droits et je suis prête, quand il le faut, à faire partie des « gens », à m’expliquer publiquement pour défendre telle cause qui me paraît importante ; je le fais en tant que citoyenne, parce que les conditions de vie dans les prisons de ce pays me semblent inadmissibles, ou parce que certaines guerres me semblent encore plus injustes que d’autres, ou parce que je ne veux pas que l’on dépense l’argent de mes impôts pour constituer un « bouclier anti-missile ». »

Nancy Huston, écrivaine canadienne vivant en France

Kryptos

« Kryptos », l’œuvre d’art codée du siège de la CIA

Avant l’inauguration de son quartier général en Virginie, en 1990, la CIA avait lancé un concours  -doté de 250.000 dollars- pour placer une sculpture dans sa cour d’entrée.
L’agence du renseignement extérieur américain avait laissé toute liberté aux artistes.
Le cahier des charges tenait en une idée : l’œuvre devait « générer des sentiments de bien être et d’espoir ». Le projet du sculpteur Jim Sanborn fut retenu. Il a inscrit quatre phrases, avec l’aide d’un cryptographe de la CIA à la retraite, sur un grand mur incurvé en granit. C’est une œuvre mais aussi un casse-tête offert à qui veut bien s’y coller. Car les quatre phrases sont codées, les lettres s’alignant dans le désordre.

Trois d’entre elles ont été décryptées durant les années 1990. Mais la quatrième, intitulée « Kryptos » (« cache», en grec), comportant une centaine de caractères, s’est avérée rétive aux tentatives des spécialistes les plus assidus. Un peu comme les fameux codes des Indiens Navajos utilisés  par l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale et qui se révélèrent impossibles à casser pour tous ses adversaires. Jim Sanborn a toujours assuré que « Kryptos » n’était pas plus difficile à percer que les trois autres phrases. Mais personne n’y est parvenu en vingt ans. Au point que l’affaire, sans atteindre la gloire du dernier théorème de Fermat, est devenue une légende pour un cercle croissant d’initiés. Et une source d’inspiration pour littérateurs en veine de théâtralité facile. Ainsi, Dan Brown l’introduisit dans son Da Vinci Code.

Code d’accès au Graal
Depuis des années, des aficionados de « Kryptos » écrivaient à M. Sanborn pour lui exposer leurs hypothèses et découvertes, parfois agrémentées de dizaines de pages d’équations, et pour l’interroger : Sont-ils sur la bonne piste ?
Le sculpteur aurait pu en sourire. Car son énigme a été décrite de mille façons par ceux qui cherchent la clé de la compréhension de l’univers : elle recèlerait le code d’accès au Graal, d’anciens secrets maçonniques, voir la lecture de Nostradamus.

Or Jim Sanborn en a un peu assez. Loin de flatter la vanité du sculpteur, cette notoriété suscita en lui une contrariété croissante. En rationaliste malgré lui, il déclara au New York Times : « Quiconque possède un secret détient une position de force, même lorsque ce secret est trivial ». Certains doutent même qu’il connaisse la réponse, le sculpteur a fini par craquer. Toujours au New York Times, il confie qu’il a 65 ans et qu’il ne veut pas attendre «encore des décennies » avant qu’un petit génie brise enfin son code.

En fin de semaine dernière, il a livré pour la première fois un indice : les six caractères allant du 64ème au 69ème, sur les 97 de « Kryptos », à savoir NYPVTT, signifient BERLIN.
Il reste 91 caractères à décrypter. Mais il est possible, comme il l’avait fait pour les trois autres phrases, que M. Sanborn ait introduit une ou deux « erreurs » : signes qui dérogent au code ou coquilles.
Et maintenant, au travail !

Papier de Sylvain Cypel, correspondant du « Monde » à New-York.

Le Monde du 27 novembre 2010.

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