Publié par Jérôme Cosandey – Avenir suisse – 3 Décembre 2016
L’AVS et de la prévoyance professionnelle sont complémentaires
Le débat autour de l’initiative AVSplus aura eu le mérite de rappeler le fonctionnement de notre prévoyance vieillesse et le rôle de ses trois piliers. Dans cette campagne, la gauche a sans cesse reproché à la droite de vouloir noircir les perspectives financières de l’AVS. Mais de son côté, elle n’a pas manqué de relever systématiquement les difficultés du 2e pilier liées aux rendements bas des marchés des capitaux.
Or, opposer les deux piliers est une fausse piste. Contrairement aux idées reçues, les financements de l’AVS et de la prévoyance professionnelle ne sont pas indépendants l’un de l’autre. Ils sont au contraire soumis aux mêmes défis économiques.
Pour compenser l’évolution démographique le financement de l’AVS nécessite une augmentation de la masse salariale.
Les salaires sous pression
Si à première vue, les taux bas touchent d’abord le 2e pilier, il serait faux de croire l’AVS immunisée contre ce fléau. Pour compenser l’évolution démographique – soit un nombre croissant de retraités par rapport au nombre d’actifs cotisants – le financement de l’AVS nécessite une augmentation de la masse salariale. Les projections de l’Office fédéral des assurances sociales assument une hausse réelle des salaires de 0,9% par an et une part toujours croissante des secteurs économiques à haute valeur ajoutée. Or, tout miser sur l’AVS, c’est ignorer les causes des taux d’intérêt bas et surtout ne pas anticiper leurs conséquences sur les salaires.
En effet, la baisse des rendements réels sur les marchés des capitaux reflète une baisse de la croissance économique, exprimée par exemple en pourcentage du PIB (Produit intérieur brut). De façon simplifiée, le PIB constitue la somme des salaires et des dividendes payés en Suisse. La part du PIB versée sous forme de salaire ou de dividendes découle des différences d’utilisation des deux facteurs de production que sont le travail et le capital.
En Suisse, emprunter du capital ne coûte presque plus rien depuis que la BNS a introduit des taux négatifs. Le travail, lui, avec notre niveau de vie élevé, est coûteux. Dans un tel environnement, il faut s’attendre à un déplacement accru de l’activité économique vers toujours plus d’automatisation (dû au capital bon marché) et de moins en moins de travail, relativement cher.
Dans ce contexte, les fruits de la croissance devront toujours plus récompenser le facteur de production « capital » et toujours moins celui du « travail ». Si les taux de croissance restent faibles et que l’importance du capital augmente, une hausse des salaires réels de 0,9% sur l’ensemble de l’économie est peu probable.
Or, sans cette augmentation des salaires, mais avec la poursuite de l’évolution démographique, le financement de l’AVS sera mis à rude épreuve.
Diversification du risque
Si la croissance économique réelle reste basse voire diminue encore, les taux de rendement, et à terme les salaires, vont baisser, affaiblissant ainsi le financement du 1er comme celui du 2e pilier. Les mécanismes de transmission d’un ralentissement économique restent toutefois différents pour les deux assurances sociales et permettent ainsi de lisser leurs revenus combinés. Les marchés des capitaux sont volatils et touchent immédiatement les bilans des caisses de pension, à la baisse comme à la hausse. Les salaires sont plus stables, leur ajustement vers le bas étant difficile pour des personnes en emploi. Ils peuvent surtout être renégociés à la baisse lors d’une nouvelle embauche. Conscients de cette asymétrie, les employeurs relèvent de façon prudente les salaires lors d’une reprise économique
Un financement combiné par répartition et par capitalisation assure également une diversification géographique des risques économiques. L’AVS dépend avant tout de la conjoncture suisse qui détermine l’évolution des salaires et donc des cotisations. En revanche, le 2e pilier investit dans le monde entier. Cela constitue par exemple un risque si l’économie européenne peine plus, une chance si certains pays émergents peinent moins que le marché suisse.
Ainsi, miser fortement sur le 1er au lieu du 2e pilier est une fausse bonne idée. Non seulement, cela ne permettrait pas d’échapper à la problématique des taux de rendement bas, car les causes de ces derniers auront aussi à terme une incidence sur le financement de l’AVS. Et dans le domaine de la prévoyance, c’est le long terme qui compte. Non, renforcer un pilier au détriment d’un autre signifierait aussi renoncer à la diversification des flux financiers et des risques géographiques qui caractérise notre prévoyance vieillesse et lui confère plus de stabilité.
Voici une brève réflexion sur ce que je pense et que je vois depuis la Suisse en ce XXIe siècle qui a mal commencé.
Le 11 novembre 1918, à 11.00h, les clairons sonnaient sur toute les fronts où se battaient les Allemands et les Français, la fin de la première guerre mondiale ; 1.300 000 soldats français y perdirent la vie, autant du côté allemand.
L’armée française, généraux en tête, défila sur les Champs Elysées pour célébrer la Victoire de la France sur l’Allemagne.
22 ans plus tard en 1940 l’armée allemande, avec Adolphe Hitler en tête, défilait sur les Champs Elysées, pour célébrer la Victoire de l’Allemagne sur la France. Ceci nous rappelle qu’il y a des choses que l’homme n’est pas encore capable définir :
Le temps une utilité, la guerre une réalité et la paix une probabilité.
Parlons de la paix, puisque c’est de cela qu’il est question en ce moment ;
La Paix se fait encore attendre ; malgré les nombreuses tentatives organisées par les Institutions Internationales durant le XXe siècle.
Un moment que la deuxième révolution industrielle du XXe siècle, celle de l’abondance, s’accorda pour passer la tête dans la fente du rideau, qui attendait encore que l’on frappe les trois coups.
Cela était agréable de pouvoir considérer l’espace vivant des ONG, où s’appliquaient, apparemment, les droits de l’homme et où chacun faisait usage de son droit à la liberté d’expression pour parler, entre autres de la Paix.
Hélas, les deux hémisphères du globe terrestre ont montré au XXe siècle et montrent encore, en ce début du XXIe siècle, que les nombreuses tentatives dans le sens de la Paix sont des échecs.
La méchanceté, la cruauté, hypocrisie ne sont jamais en vacances, les médias nous vomissent journellement leurs mauvaises nouvelles.
Tableaux d’horreurs, flots de larmes, profanation des enfants, lapidation des femmes, profits scandaleux, dignité humaine bafouée, flots de réfugiés qui arrivent à Lampedusa sur des embarcations de fortune, des bateaux poubelles abandonnés, après que les occupants ont payé les passeurs criminels.
Sur le plan civique et social, l’on ne se gêne plus pour dire aux « vieux » qu’ils sont de trop.
Sur la scène internationale de la comédie humaine, la violence agit à la sauvette, en traîtrise civile ou militaire, la guerre est devenue crapuleuse, elle ignore les Conventions de Genève et n’ose même plus dire son nom.
Pire, elle se permet de s’appeler : action de pacification, maintien de l’ordre et de la paix, lutte contre le terrorisme, etc… ..avec parfois l’accord de certaines Organisations internationales.
N’est-il pas triste d’entrer à reculons dans le troisième millénaire, de sentir dans le dos, à l’œuvre les Dr Jekyl et Mr Hyde de la mondialisation s’approprier, par la force, la ruse ou la spéculation, les biens qui sont à tous, tels que : l’eau, l’école, les soins et les nécessités de base pour une vie décente pour tous ?
N’est-il pas triste de commencer un nouveau siècle en contemplant les charniers que nous avons laissé : en Arménie, à Auschwitz, à Hiroshima, au Rwanda, à Verdun ; en voyant les milliers de victimes innocentes des mines anti-personel et dans combien d’autres horreurs résultats de la folie meurtrière des généraux et des financiers ; dont les dénominateurs communs étaient : profit, haine entretenue, désillusion, la guerre, la gloire, la souffrance et la mort?
Nous revivons Salammbô de G. Flaubert ; l’instant où les lions et les chacals, les prédateurs, se pourlèchent les babines puis, s’endorment repus ; ici on ne joue pas, on tue et l’on profite !
» Vae victis, malheur aux vaincus ».
Derrière tous ces masques diplomatiques aux orbites vides, il y avait le désir de tuer de ces acteurs qui se sont trompés de rôle parce que le souffleur, les ONG, a été mis en disponibilité pour raison de restructuration, d’inefficacité et de rentabilité.
L’Humanité est-elle conviée sans arrêt à un spectacle qui se joue dans son dos et intitulé” ,
Il était une fois la Paix « .
Une sorte d’opéra de « la mal – bouffe » avec camouflage des faits, maquillage des mots pour occulter les idées – forces de la Paix.
Comédie politico – burlesque qui déguise le bourreau en berger et les cyniques de la raison d’Etat en samaritains des droits de l’homme? La morale et l’éthique nagent-t-elles dans les eaux sales où la méchanceté est portée en triomphe et l’innocence humiliée?
Est-ce cet avenir-là que nous voulons pour le IIIe millénaire, est-ce dans cet opéra plus tragique que comique que nous voulons jouer, nous les membres de la société humaine ?
Si tel est le cas, frappons les trois coups et le rideau se lèvera sur les ruines de la démocratie telles qu’elles apparurent à la communauté internationale, le 11 septembre 1973 qui vit l’assassinat, par les ennemis des droits de l’homme et de la démocratie, du Président Salvador Allende au Chili, par le Général Pinochet et son armée ; aidé par ceux qui, aujourd’hui, aident encore tous ceux qui détruisent la démocratie pour s’accaparer, entre autres, les réserves d’énergie de la planète.
Comme pour tout ce qui vient de l’homme, le jeu est bivalent, manichéen, il peut être la pire des choses et aussi devenir un espoir pour l’humanité, l’antidote à la guerre, le préservatif de la violence.
Heureusement, dans cette écurie d’Augias moderne, l’existence et le développement de très nombreux organismes à caractère humaniste existent; un virus que l’on souhaite contagieux et une approche de réponses aux questions que l’être humain civilisé se pose devant le spectacle de la destruction massive des peuples, pour motifs politiques, religieux, raciaux et économiques.
C’est ce dont nous avons hérité, nous qui avons connu le XXe siècle, le siècle de l’abondance, surtout en victimes, avec deux guerres qui ont fait plus 50 millions de victimes civiles et militaires et la bombe atomique pour le dessert.
Au XXIe siècle, retenons aussi, pour mémoire et par respect pour les petites victimes dont, toutes les 5 secondes un enfant meurt de faim sur la planète avec l’assentiment de tous, y compris de la Communauté Internationale.
Arrêtons les bavardages, les colloques, les réunions dans tous les domaines où les bavards sont les acteurs masqués ; les organisations internationales et les ONG, n’ont plus que des pouvoirs limités, c’est la finance qui dirige le monde et l’être humain ne répond plus à la devise de Descartes
« Je pense donc je suis » mais à « je dépense donc je suis «
Déjà au temps des Grecs, il y en a un qui a dit,
« L’homme pense parce qu’il a une main »
Aujourd’hui,
« L’homme dépense parce qu’il a des mains »
N’est-il pas triste aussi de voir dans l’anonymat de la mondialité, apparaître l’être humain devenu un consommateur obligé dans tous les domaines ? Il s’adapte ou il disparaît !
Peut- on y changer quelque chose ?
Il faut en tout cas essayer humainement parlant et sans retomber dans les inutiles bureaux et bavardages du XXe siècle, qui ont montré leurs inefficacités et leurs inutilités, voire leurs complicités
.
Jouons enfin à nous aimer, à partager, à aider, ce seront les trois coups qui donneront le signal du lever de rideau d’une pièce nouvelle, jouée par des acteurs conscients de leur rôle pour universaliser, sans distinction, le respect de la dignité humaine à la surface de la Terre.
Mettons sur pied une nouvelle » Flûte enchantée « , qui sera comprise par tous, pour qu’hommes et femmes puissent, enfin, se regarder comme également responsable de l’avenir en parcourant ensemble les difficultés de la vie et faire en sorte que la belle histoire de l’humanité continue dans le respect de la dignité humaine ; ce sera la Paix Internationale sans nécessairement un bureau.
Attention, le spectacle est déjà commencé, faufilons-nous dans la foule, sans bruit car le bruit ne fait pas de bien et le bien, lui, ne fait pas de bruit.
Nos agapes, plaisirs, gaspillage, auront – ils un jour un goût assez amer pour que nous devenions suffisamment courageux pour dire, à ceux qui sont responsables du déséquilibre dans le partage des richesses et des guerres en tout genre et maintenant religieuses
C’est assez !
Allez-vous-en ! Nous ne sommes pas de la même espèce que vous, vous êtes des prédateurs, vous êtes nuisibles, cruels, et inhumains ; vous vous accaparez les richesses et l’Autorité pour votre seul profit à court terme.
Vous avez oublié que la plus grande lâcheté est le fait de ceux qui s’attaquent aux plus faibles ; l’Histoire a montré qu’il y avait aussi, des êtres nuisibles, inhumains et nauséabonds dissimulés sous de reluisantes étiquettes et de jolies cravates.
Le plus bel exemple, du XXe siècle, est le génocide commis au Rwanda en 1994 sous les regards de la Communauté Internationale et même de certains membres de l’Eglise catholique. Quel gâchis !
Élie Ducommun, le premier secrétaire du Bureau International de la Paix au XIXe siècle, doit se retourner dans sa tombe, s’il voit que, après plus d’un siècle d’existence, les résultats pour construire la paix sont bien maigres.
Encore un dernier mot, le 10 mai de l’année 1940, j’ai connu et subi l’invasion de la Belgique par les nazis ; j’avais 9 ans et j’ai pu me rendre compte, pendant quatre ans, à quel point l’homme est un être cruel et bestial surtout, lorsqu’il est revêtu d’un uniforme.
Quelqu’un d’entre – vous pourrait-il me donner la signification exacte du mot Paix ? Je me réjouis de lire votre réponse et vous en remercie.
Avec mes amitiés pacifiques et fraternelles et, en attendant la paix retenons ce qu’a dit Horace dans une de ses odes, un siècle avant notre ère,
« CARPE DIEM » Cueille le jour.
Edouard A. Mancini, ingénieur retraité né en 1931.
Économiste et politologue, docteur de l’université de Grenoble, auteur ou directeur de plusieurs ouvrage et articles sur la nation, l’Europe, la guerre, la paix et Jean-Jacques Rousseau, Gabriel Galice est vice-président de l’Institut International de Recherches sur la Paix à Genève (GIPRI).
Il est le promoteur du colloque « Rousseau, la République, la paix » sélectionné par un jury international constitué par la Ville de Genève dans le cadre des manifestations du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, 2012 Rousseau pour tous.
Biographie résumée de Gabriel Galice
Né en 1951 à Lyon.
Études secondaires au lycée Berthollet d’Annecy, études supérieures à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble et à l’institut d’urbanisme de Grenoble (1970-1975).
Assistant d’économie à la faculté de Constantine (Algérie) de 1976 à 1978.
Chargé de mission économique, puis secrétaire général adjoint du syndicat intercommunal de l’agglomération d’Annemasse de 1979 à 1990.
Conseiller Régional de Rhône-Alpes de 1986 à 1992.
Chargé de missions en Europe centrale et orientale pour le Centre National de la Fonction Publique Territoriale française de 1990 à 2002.
Chercheur, puis directeur du GIPRI de 2002 à 2008.
Depuis en préretraite active…
Trois livres majeurs :
Santé et profit : l’industrie pharmaceutique : 1974
Du Peuple.Nation – essai sur le milieu national de peuples d’Europe, 2002.
Penser la République, la guerre et la paix sur les traces de Jean-Jacques Rousseau (avec Christophe Miqueu), en 2012. Prix de l’Académie des sciences de Dijon.
Participation à et direction de plusieurs ouvrages collectifs, notamment des Cahiers du GIPRI.
sur le thème
Le désordre dans le monde vu depuis la Suisse. Lettres helvètes
11h45 Accueil
12h10 Repas
13h00 Déjeuner-débat
Débats réservés aux Francs-maçons et Franc-maçonnes
Soyez les bienvenu(e)s.
Pour approfondir
1.- Réflexion sur les échanges entre peuples
Les stéréotypes, les montages symboliques et les échanges entre peuples
Le terrorisme n’existe pas, en tout cas pas pour ce qu’il est communément dit, pas comme essence ou hypostase, pas comme entité unique. Hypostasier, c’est « considérer comme une substance (ce qui n’est qu’un accident ou une idée) ; prendre une idée pour un fait, une réalité » (Dictionnaire Le Robert)
1.- Le stéréotype en guerre et les « marchés de violence »
Le terrorisme est d’abord une figure rhétorique envahissante, proliférante, issue d’une autre figure rhétorique et stratégique, « la lutte contre le terrorisme », en étasunien « Global War on Terrorism ». ou « Global War on Terror » Dans ce jeu de miroir, dans cette enfilade de miroirs en abîme deux figures, deux chefs de guerres, un croisé et un djihadiste, se justifient réciproquement, s’identifient par leur opposition, posant et se posant en s’opposant. Preuve en est que l’opération militaire « Iraqi Freedom » fut lancée selon la doctrine « Shock and Awe », nouvelle version du Blitzkrieg, de la guerre éclair, traduisible par « Choc et effroi », le terme effroi portant une connotation religieuse de crainte inspirée par Dieu, effroi mêlé de respect. Du ciel tombent le regard de Dieu, la foudre de Jupiter, les bombes et les tours aussi. Ladite doctrine militaire vise à dissuader l’ennemi de poursuivre le combat, à rendre les armes. Shock and Awe, c’est le Blitzkrieg à l’heure de la télévision et d’Internet. Il faut aveugler l’adversaire, détourner l’attention, distraire le spectateur-citoyen. Des dirigeants parlent légèrement de « terroriser les terroristes », s’adressant à l’évidence davantage à leurs électeurs qu’aux terroristes tant il est vrai que le terroriste ne se laisse pas terroriser.
Les terroristes, qu’ils soient terroristes étatiques ou non-étatiques (Michel Wieworka parle de « terrorisme par le haut » et de « terrorisme par la bas » in Face au terrorisme, Liana Levi, 1995), manient le double registre de la force et de la forme, de la violence extrême et du message mobilisateur de leur camp, démobilisateur du camp adverse. La guerre d’opinion redouble la force des armes, le sacrifice des corps équivalant grossièrement à la destruction des matériels. Vous aurez remarqué que je suis subrepticement passé du terrorisme aux terroristes, des idées aux corps, aux actes, aux faits, non sans prendre en compte les images, les mots, les mots d’ordre, les slogans. La guerre, c’est aussi du marketing. Il faut la vendre aux citoyens pour qu’ils approuvent les lois liberticides, les budgets militaires ou s’enrôlent dans l’armée, aux fidèles pour qu’ils soutiennent la cause de leur argent et de leur sang. Le stéréotype sert précisément à cela, à formater l’opinion, à endormir la pensée singulière, vivante, dynamique, à encapsuler la réflexion critique. Les conflits modernes ne s’appellent plus guerrres. Ils sont interventions (parfois même humanitaires), déploiements de troupes, frappes (chirurgicales ou non). L’euphémisation de la violence et de la mort relève de la stratégie de vente. « Les « marchés de violence » contemporains se distinguent de leurs précédents (pré)modernes par la dimension de la propagande portée par les médias anciens et modernes tels que la radio, la télévision, Internet, etc…qui permettent avec une rapidité étonnante la manipulation idéologique des masses.»(Kalulambi Pongo (Martin) et Landry (Tristan), Terrorisme international et marchés de violence, Les Presses de l’Université Laval, 2005, p.30) Les marchés de violence concernent l’accumulation du capital politique, économique, social et culturel, leurs dividendes sont matériels et symboliques, leur analyse relève autant de l’anthropologie, de la science politique ou de la sociologie que de l’économie. Le caractère explosif, largement incontrôlable des marchés de violence tient à l’interconnexion des formes de pouvoir économique, politique, culturel, médiatique (Cf. cahier n° 6 du GIPRI (en cours de parution chez L’harmattan), La guerre est-elle une bonne affaire ?). Ce processus d’interconnexion décrit le passage du capitalisme de marché au capitalisme de connivence (Crony Capitalism)
Les terrorismes sont trop divers pour justifier une appellation unique, sauf à des fins d’instrumentalisation politique. Martin Kalulambi Pongo et Thierry Landry distinguent « terroristes, guérilleros et rebelles » « la guérilla est une stratégie militaire qui se rapproche des principes de la guerre courante. Or la guerre obéit à une série de lois (…) Dans bien des cas, le terroriste ignore les lois comme celles que codifient les conventions de Genève (…) les guérilleros se distinguent des terroristes en ce qu’ils ont tendance à être des membres d’une organisation armée qui contrôle une zone territoriale. Figures presque virtuelles, les terroristes sont toujours clandestins et maintiennent leur caractère de petit groupe secret. »
Pour aller plus loin et plus profond dans la compréhension du fait social, passer de la conjoncture guerrière à la structure sociétale, il faut aborder le second point de mon propos, le montage symbolique.
Le montage symbolique et la reconnaissance
L’homme est un animal politique, c’est-à-dire qu’il n’est pas seulement grégaire. Il se construit par le détour de la société qu’il édifie, par les institutions («Le terme d’institution est à entendre ici dans un sens étendu : non seulement les institutions classiques du droit, du gouvernement, de la religion, mais aussi celles, moins apparentes, qui se dessinent dans les techniques, les modes de vie, les rapports sociaux, les procès de parole et de pensée », Emile Benveniste, Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Les éditions de minuit, 1969, T.1, p.9). L’être humain est du même pas un primate symbolisant. Biologiquement prématuré, il parachève son développement psychomoteur au sein de la famille et de la société. Il est passé par les stades de la bande, de la tribu, de la chefferie et de l’Etat (Jared Diamond).
Le symbolique est la fiction nécessaire qui nous lie, nous relie, nous attache, nous oblige. Il est le tiers en surplomb de la personne et de la société, le totem, celui au nom duquel on parle et celui qui parle en notre nom. Pierre Legendre a étudié en plusieurs livres les montages symboliques du droit.
« J’ai travaillé au Gabon avec une entreprise qui vendait du développement, avec les Nations unies au Congo ex-belge, puis au Mali avec l’Unesco. J’ai compris que ma formation de juriste préoccupé des textes du Moyen Age m’était bien plus utile que les sciences économiques. Je voyais, en effet, dans les écoles coraniques des enfants réciter rituellement des versets dans la langue sacrée du Coran, qui n’était pas la leur, exactement comme les glossateurs médiévaux transmettaient en latin le droit romain disparu. Je découvrais l’égalité de tous devant la vie de la représentation : l’Etat occidental n’est qu’une forme transitoire de cette vie. Il reproduit du sujet institué, en garantissant le principe universel de non-contradiction : un homme n’est pas une femme, une femme n’est pas un homme ; ainsi se construisent les catégories de la filiation. La fonction anthropologique de l’Etat est de fonder la raison, donc de transmettre le principe de non-contradiction, donc de civiliser le fantasme. L’Etat, dans la rationalité occidentale, est l’équivalent du totem dans la société sans Etat. En Afrique, il y a aussi un au-delà de l’individu qui est peut être en train de se perdre chez nous . (Propos recueillis par Antoine Spire, Le Monde. 23 octobre 2001, http://www.denistouret.net/textes/Legendre.html»)
Le symbolique niche dans la langue partagée, la monnaie commune, la croyance collective. Il évite le face-à-face en ce qu’il peut avoir de séduisant, de déroutant, de mortifère. Il le contient par sa codification, il le civilise (« C’est l’extériorité de l’instituant qui nous fait tenir debout », Régis Debray, Les communions humaines, Fayard, 2005, p.104). Dans l’analyse lacanienne, le symbolique fait lien entre l’imaginaire et le réel.
Plutôt que de parler de choc ou de dialogue des civilisations, ne conviendrait-il pas de parler deconfrontation des cultures en chemin vers la Civilisation ? J’écris ce sens de Civilisation avec un C majuscule, pour le distinguer de l’ensemble des pratiques collectives d’un groupe humain, au sens de culture. La difficulté est ancienne et les croisements des langues allemande et française ne la simplifient pas. L’allemand traduit par Kultur un des sens de civilisation. Pendant la première guerre mondiale, Thomas Mann vantait la culture de l’âme allemande contre la civilisation prétendument cosmopolite des alliés (Thomas Mann, Considérations d’un apolitique, Grasset) . En français, le mot civilisation est à la fois un terme ethnologique et un vocable appréciatif désignant l’écart avec l’état sauvage. Dans le deuxième cas, il est plutôt relatif à l’aspect individuel mais pas seulement. « Qu’est-ce à dire, sinon que le même mot sert à désigner deux notions différentes ? dans le premier cas, civilisation signifie simplement pour nous l’ensemble des caractères que présente au regard d’un observateur la vie collective d’un groupement humain (…) elle est avant tout d’ordre collectif. Dans le second cas, et quand nous parlons des progrès, des grandeurs ou des faiblesses de la civilisation, nous avons bien dans l’esprit un jugement de valeur. (…) (14) Turgot ne se sert pas même du verbe civiliser, du participe civilisé alors d’usage courant : il s’en tient toujours à police et à policé » (Lucien Fèbvre, CIVIILSATION, Evolution d’un mot et d’un groupe d’idées, (1929) , Paris, La renaissance du livre, 1930)
La réussite de Samuel Huntington est d’avoir placé nombre de ses adversaires sur son terrain : la notion de civilisation, rabattue sur celle de religion (« La même vision pauvre du monde (diviser les peuples en blocs de civilisation) est partagée parc ceux qui prêchent l’amitié entre les civilisations et ceux qui les voient s’opposer. », Amartya Sen, « Identité et conflit – Existe-t-il un choc des civilisations ? », in Civilisations, globalisation, guerre – Discours d’économistes, Presses Universitaires de Grenoble, 2003). Une civilisation (ou une culture) est un ensemble incluant toutes les modalités (techniques, économiques, militaires, artistiques, religieuses…) du vivre ensemble d’un groupe humain.
Ainsi, les civilisés peuvent appartenir à des cultures différentes. Ils font leur le primat du dialogue et du droit (« Dans le modèle tripartite du panthéon indo-européen selon Dumezil, il n’y a pas d’égalité entre les fonctions divines : la gestion (Quirinus) est subordonnée à la guerre (Mars), qui l’est au droit souverain (Jupiter) », Régis Debray, Les communions humaines, op. cit., p.83) sur la violence et la guerre (Marcelo Kohen, « L’arme de la civilisation, c’est le droit ». Bulletin du Centre d’Information des Nations Unies, Paris, 2001, N° 45, pp. 30-31) , à l’inverse des « sauvages », « barbares » et « terroristes » de tous pays. La civilisation est le processus d’universalisation, d’hominisation et d’humanisation de l’être humain au travers de ses cultures singulières. Encore convient-il de ne pas simplifier, par exemple en opposant la vie collective pré-moderne à l’individualisme moderne ou post-moderne. Pour ce faire, il faut cesser de prendre le mixte de mode et de modernité pour le progrès .(« L’idée de modernité s’oppose désormais à celle de progrès », Emmanuel Todd, L’illusion économique, Gallimard, 1998, p.13). Le progrès ne saurait sacrifier un groupe à un autre, une classe à une autre, une nation à une autre. La modernité s’en accommode parfaitement, qui autocélèbre les oligarchies situées à l’efficiente intersection des affaires, des médias et de la politique. Le couple modernité/progrès redouble le tandem croissance/développement. Il conviendrait de reprendre la notion de développement global, endogène, intégré prônée par François Perroux. Penser au-delà de l’opposition individuel/collectif, c’est préférer la notion de personne à celle d’individu car l’être humain n’est pas un atome. La personne tient par toutes ses fibres au corps social-politique, ou ne tient pas.
Les échanges entre peuples
Vous aurez compris que je préfère le dialogue entre cultures aux discussions entre civilisation ou entre religions. Mais je vous propose d’aller plus loin. Car le dialogue n’est qu’une modalité de l’échange. La circulation des paroles n’épuise pas la circulation monétaire ou les échanges de coups, de biens, de marchandises et de services.
A ce point, je souhaite lever un autre cliché sémantique fonctionnant comme un stéréotype, celuid’identité, pont aux ânes de discours savants et politiques. Paul Ricoeur nous enseigne à distinguer ces deux dimensions en français, la mêmeté (égal à) et l’ipséité (propre à). Je préfère le concept depropriété, qui porte une ambivalence plus féconde à mes yeux. La propriété est à la fois le caractèred’un corps (propriété physique, chimique…) et l’appartenance, soit l’être et l’avoir… S’approprier le monde qui me reçoit doit s’entendre sur le double registre matériel et affectif-cognitif (selon Honneth, cognitif parce qu’affectif). Avec des variantes, Georg.Lukacs, Paul Ricœur et Axel Honneth) traitent du double registre de la réification et de la reconnaissance. La reconnaissance désigne notre présence active au monde, notre engagement volens nolens. La réification nous dissimule les rapports humains derrières les choses, produits et marchandises.
Un ancien président du GIPRI, Roy Preiswerk, a préconisé une éthique méthodologique de la recherche sur la paix qui explicite la position du chercheur « le chercheur commence par énoncer ses jugements de valeur et explique clairement en quoi la réalité est, ou n’est pas, conforme à ces valeurs http://www.gipri.ch/spip/spip.php?article483 ».
Le commerce des hommes désignait jadis les relations sociales. Le commerce désigne aujourd’hui l’échange marchand sous les auspices du capitalisme financier techno-scientique. Faire parler ensemble des chrétiens et des musulmans est certainement utile mais je doute que cela suffise si les autres modalités d’échanges entre personnes, cultures et peuples ne sont pas reconsidérées. Pour le dire schématiquement, confier à l’OTAN la force armée, à l’OMC les relations commerciales et à l’UNESCO le dialogue culturel ne suffit pas à régler les échanges déréglés entre les peuples. Tout se passe comme si les institutions nationales et internationales n’embrayaient plus sur les peuples qui n’adhéraient plus à elles. Les tribus ne croient plus en leurs totems ou si peu. Les élites tendent à s’oligarchiser, à se couper des couches populaires. Les analyses d’Edward Saïd sur les intellectuels sont judicieuses. Le populisme est la réponse vengeresse des peuples délaissés par leurs oligarchies dédaigneuses, sous toutes les latitudes. On donne pudiquement le nom demondialisation à cette solidarité des oligarchies dédaigneuses des peuples. L’hybris (démesure, orgueil) des groupes, classes et nations dominants les condamne à notre perte et à la leur. Dr Gabriel Galice Bibliographie Barber (Benjamin), L’empire de la peur – Terrorisme, guerre, démocratie, Fayard, 2003 Beaud (Michel), Le basculement du monde, Capitalisme, système national / mondial hiérarchisé et devenir du monde, L’Harmattan-Cahier du GIPRI 4 2006 Benassayag (Miguel) et Del Rey (Angélique), Eloge du conflit, La découverte, 2007 Challiand (Gérard), Guerres et civilisations, Odile Jacob, 2005. Coméliau (Christian), La croissance ou le progrès ?, Seuil, 2006 Corm (Georges), Orient-Occident, la fracture imaginaire, La découverte, 2005, La question religieuse au XXIe siècle, La découverte, 2006 Cox (Robert W.), The Political Economy of a Plural World, Routledge, 2001. Debray (Régis), Le scribe, Grasset, 1980. L’Etat séducteur, Gallimard, 1993. Le feu sacré – fonctions du religieux, Fayard, 2003 Les communions humaines – Pour en finir avec « la religion », Fayard, 2005. Un mythe contemporain : le dialogue des civilisations CNRS Editions, 2007. Diamond (Jared), De l’inégalité parmi les sociétés, Gallimard, 2000. Fontanel (Jacques) (dir.), Civilisations, globalisation, guerre, Presses Universitaires de Grenoble, 2003. Forest (Jean), La terreur à l’occidentale, Triptyque, Montréal, 2005. Galice (Gabriel), Du peuple-Nation – essai sur le milieu national de peuples d’Europe, Mario Mella, 2002. Ferjani (Mohamed Cherif), Le politique et le religieux dans le champ islamique, Fayard, 2005 Graz (Jean-Christophe), La gouvernance de la mondialisation, La découverte, 2004. Honneth (Axel), La réification, Gallimard, 2005 Huygue (François-Bernard Huyghe), Quatrième guerre mondiale – Faire mourir et faire croire, Editions du Rocher, 2004 Kadra (Yasmina), Les hirondelles de Kaboul, L’attentat, Les sirènes de Bagdad Kalulambi Pongo (Martin) et Landry (Tristan), Terrorisme international et marchés de violence, Presses de l’université Laval, 2005 Kamenarovic (Ivan P.), Le conflit – perception chinoise et occidentale, Cerf, 2001 Lecourt Grandmaison (Olivier), Coloniser, exterminer, Legendre (Pierre), Le désir politique de dieu, Fayard, 2001 La société comme texte L’empire de la vérité Lecourt (Dominique), L’avenir du progrès, Textuel, 1997 Lordon (Frédéric), L’intérêt souverain, La découverte, 2006. Passet (René) et Liberman (Jean), Mondialisation financière et terrorisme, Editions de l’Atelier, 2002. Ricœur (Paul), Parcours de la reconnaissance, Stock, 2004. Saïd (Edward W.), L’Orientalisme – L’Orient créé par l’Occident, Seuil, 1980 Des intellectuels et du Pouvoir, Seuil, 1996. Taguieff (Pierre-André), L’effacement de l’avenir, Galilée, 2000. Todd (Emmanuel), L’illusion économique, Gallimard, 1998. Wieworka (Michel), Face au terrorisme, Liana Levi, 1995.
2.- Les empires en territoires et réseaux
3.- Universalité de la laïcité
4.- Penser la République, la guerre et la paix
Trois cents ans après sa naissance, Jean-Jacques Rousseau fait partie de ces philosophes qui font puissamment réagir et réfléchir. Penseur atypique, le « Citoyen de Genève » occupe une place à part dans le paysage intellectuel mondial. Sa notoriété fluctue aucours des périodes de l’histoire. Elle est un baromètre de nos espoirs ou désespoirs. Ce livre visite un aspect particulier de son oeuvre : sa relation aux thèmes de la République, de la guerre et de la paix. Il s’avère que le républicain pacifiste Rousseau est bel et bien, en ces domaines aussi, un « anticipateur-retardataire ». En 1750, l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon avait révélé Jean-Jacques Rousseau à ses contemporains en lui accordant un prix pour son Discours sur les sciences et les arts. Perpétuant cette tradition à l’occasion du tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau, l’Académie vient de primer l’ouvrage Penser la République, la guerre et la paix – sur les traces de Jean-Jacques Rousseau, écrit par Gabriel Galice et Christophe Miqueu et publié aux éditions Slatkine. Gabriel Galice avait par ailleurs organisé en avril 2012, à Genève, le colloque Rousseau, la République et la paix, avec le soutien de l’Ambassade de France en Suisse.
Ce matin, j’ai attentivement lu l’article de l’une de mes amies et consœurs écrivain que j’aime beaucoup, et dont l’article – que j’ai partagé sur mon mur – m’a particulièrement interpellé. Elle expliquait de quelle manière l’Evolution des micro-organismes primaires qui sont nés sur Terre suivent la loi darwinienne, et que Dieu n’a rien à voir avec ce processus d’émergence et de prolifération.
Son article est extrêmement pertinent, très bien documenté, n’en déplaise aux déistes convaincus. Les spécialistes en ont désormais les preuves scientifiques.
Cosmologie
Ils savent que les premières briques qui donneraient des centaines de millions d’années plus tard naissance aux cellules originelles permettant aux premiers êtres unicellulaires d’apparaitre, sont issues du heurt de comètes sur notre planète il y a environ 4,5 milliards d’années. De même, ces comètes renfermaient, autour de leur noyau, des amas de glace – de l’eau donc – ; ce sont eux qui ont infecté notre planète de ce qui permettra à l’eau d’y pulluler. Il faudra cependant attendre des centaines de millions d’années, là aussi, pour que cela soit possible ; le temps que la masse terrestre née des concentrations de gaz, de roches en fusion, etc. refroidissent progressivement. De la même manière que toutes les autres planètes possédant un noyau de matière brute du Système Solaire. Le même procédé s’est reproduit au sein de l’ensemble des systèmes stellaires possédant des planètes partout dans l’univers. Comme la chute de météorites, de comètes, et autres débris stellaires nés au même moment – ou à peu près – que la naissance de l’Univers ; ou plutôt durant les premiers milliards d’années d’existence de celui-ci.
Ces comètes et ces astéroïdes n’ont cessé de bombardé la Terre jusqu’à ce que sa croute soit solide, et que son noyau soit assez refroidi afin de permettre à la vapeur d’eau issue de ces comètes, de se transformer en eau liquide. C’est au sein de cette eau liquide que les briques du vivant originelles ayant engendrés les premiers êtres unicellulaires sont apparus. Puis, ont commencé à proliférer, à s’agglomérer afin de se défendre, de se nourrir, et de se reproduire.
Tout ce processus est relativement bien connu des scientifiques spécialistes de la naissance de la Terre. Il suffit de s’informer des articles ayant traits à ce sujet dans des revues qui y sont consacrées, en visionnant des documentaires de vulgarisation scientifique expliquant ces faits, ou, tout simplement, en cherchant via des moteurs de recherches sur Internet tout ce qui a trait à ce thème à la fois passionnant et fascinant.
Ce processus, je le répète, parce que c’est important pour la suite, s’est reproduit partout dans l’univers. Notre planète, notre Système Solaire – qui n’est qu’un des milliards de milliards de systèmes tournant autour d’une étoile de la même dimension dispersé dans le cosmos, n’a rien d’exceptionnel. Il n’est ni plus gros, ni plus important, ni plus différent, que n’importe quel autre. Il est, d’après les astronomes les plus en pointe, des plus commun. Une des preuves de ceci est qu’avec les instruments permettant d’explorer l’espace très lointain que sont les télescopes à notre disposition actuellement, nous découvrons régulièrement de nouveaux systèmes planétaires semblables aux notre. Nous découvrons également des planètes situées à la même distance de leur soleil qu’est la Terre du notre de plus en plus souvent. Et si l’on suit la référence qu’est notre planète, elles se sont probablement constituées de la même manière.
Donc, la Terre n’a rien de remarquable en soi. Il est fort probable, vu que des comètes et des astéroïdes portant les briques primaires de la vie s’y sont échoué, que le même processus ce soit répété ailleurs. Le nier est nier la plus élémentaire des évidences. En outre, grâce aux sondes spatiales parties survoler les autres planètes de notre système solaire, ainsi que de leurs satellites, nous savons désormais que de l’eau liquide se cache peut-être sous les amas nébuleux remplis de gaz de quelques-uns de ceux-ci. Nous savons que jadis, il y des centaines de millions d’années, voire davantage, de l’eau s’écoulait sur Mars. On en voit très aisément les restes de canyons ou de mers en l’observant. Et son pôle, ainsi que son sous-sol, en cache très probablement.
Or, et en ce qui concerne Mars notamment – qui est presque la sœur jumelle de la Terre, et dont le processus d’évolution a été le même qu’elle à un moment donné -, si de l’eau y a existé, pourquoi des micro-organismes unicellulaires tels que ceux qui ont fécondé notre planète, ne s’y sont-ils pas déployés ? C’est l’une des nombreuses questions à laquelle tentera de répondre la mission humaine qui doit se rendre sur Mars à l’horizon 2030 vraisemblablement.
Evolution
En partant de ce principe, donc, ce processus évolutif s’est fait de manière aléatoire. En fonction des planètes sur lesquelles se sont écrasées comètes et planétoïdes porteurs des rudiments originels de briques de la vie nés durant les premiers temps de l’expansion de l’univers. Personne, nul Dieu, ou autre, n’a choisi notre planète en particulier, pour porter la vie, et aboutir finalement à l’espèce humaine. Et quand je dis « finalement », ce n’est que ce qui concerne la période actuelle de l’Histoire de celle-ci. Nous savons encore, au vu des calculs des astrophysiciens ayant ausculté notre Soleil, que celui-ci est à la moitié de son existence environs. Lorsque celui-ci se transformera en supernova dans le but de consommer ses ultimes ressources énergétiques, il grandira démesurément. Il dévorera toutes les planètes du Système Solaire au cours de son ultime expansion. Avant de se métamorphoser en Géante Rouge. C’est un phénomène que les astronomes observent régulièrement ; ainsi que nous lorsque la nuit, nous levons les yeux vers le ciel. En effet, les étoiles les plus brillantes que nous y voyons, en sont parfois.
Or, si tout ce processus que je viens de décrire brièvement est quelque chose d’ordinaire, de commun, la main de Dieu est inutile pour l’avoir favorisé. Il est surtout fortement probable que des millions d’autres espèces vivantes, et intelligentes pour certaines, pullulent aux quatre coins du cosmos. Et qu’en fonction des prédispositions et de l’évolution de telle ou telle planète, d’autres civilisations, parfois moins intelligentes, parfois plus intelligentes, que la nôtre, y aient été engendrées.
En observant ce qui s’est passé sur Terre durant les centaines de millions d’années où la vie s’est développée, nous savons que plusieurs grandes extinctions ont eu lieu. La plus récente, et la plus connue, est celle qui s’est déroulée il y a 65 millions d’années. Un astéroïde de plusieurs kilomètres de diamètre s’est abimé dans le Golfe du Mexique. L’impact a été si important, qu’il a provoqué raz de marée, éruptions volcaniques en cascade, rejetant des milliards de milliards de tonnes de poussières dans l’atmosphère durant plusieurs centaines d’années. Il a engendré un réchauffement planétaire global, l’extinction des dinosaures, de la grande majorité des êtres vivants de plus de vingt kilos. Seuls de rares espèces, dont le plus lointain ancêtre marsupial de l’Homme et des espèces mammifères actuelles, ont survécu.
Religion
Personnellement donc, si Dieu existait, je ne le vois pas choisir ce moment précis, par exemple, pour exterminer près de 90 % de sa création afin de tout recommencer à zéro ; de la même manière que les autres extinctions massives précédentes, juste parce qu’il a décidé que c’était ainsi que ce devait se faire pour que l’Homme puisse émerger une soixantaine de millions d’années plus tard. Comme je ne le vois pas propulser aux quatre coins de l’univers des comètes porteuses des briques fondamentales de la vie, pour qu’il n’y ait que celles percutant la Terre susceptible d’être, beaucoup plus tard, génératrices d’être unicellulaires, puis multicellulaires, etc. Si Dieu était présent à chaque étape de ce processus, il n’aurait pas choisi le chemin le plus simple afin d’aboutir à notre espèce.
Et une fois encore, quand je dis « aboutir », c’est un euphémisme. En effet, l’Homme n’est pas l’aboutissement de la vie, et encore moins de la vie intelligente. Il est évident que l’espèce humaine n’est qu’une espèce parmi d’autres. C’est celle qui domine la Terre aujourd’hui, comme la race des dinosaures est celle qui a dominé le monde pendant près de 200 millions d’années, jusqu’à son extinction il y a 65 millions d’années. Et il est fort probable, que d’une manière ou d’une autre, une autre espèce nous succédera tôt ou tard.
Car nous ne sommes que de passage ici-bas, que nous le voulions ou non, que nous l’acceptions ou non. L’Homme n’est pas le point final de l’Evolution ; il n’en n’est qu’un de multiples maillons. Il est issu des bouleversements, des transformations, des disparitions et des apparitions des espèces qui l’ont précédé. Et nul doute que ce qui a eu lieu sur notre planète, s’est reproduit sous des formes extrêmement diverses et variées un peu partout dans l’univers. Un processus commun, naturel, qui n’a rien d’improbable ou d’extraordinaire.
Le problème que pose ce phénomène, en fait, est qu’en s’appuyant sur la notion d’un Dieu créateur de toutes choses, l’Homme se considère comme le nombril de l’Univers. Il ne se réfère qu’à lui, qu’à ce qu’il considère comme des concepts faisant de lui le sommet de l’échelle de l’évolution voulue par une puissance supérieure. Considérer que la vie, que l’Evolution, ne sont que processus commun, qui se sont multiplié depuis longtemps aux quatre coins du cosmos, anéantit l’aura de suprématie qu’il chérit tant. Car nous ne nous y trompons pas, l’Homme est fier, orgueilleux d’être au sommet de la chaine des espèces vivantes. Souligner qu’un être divin a élaboré un plan pour qu’il apparaisse renforce ses prédispositions à dominer la Nature, les autres membres de son espèce, les espèces végétales ou animales. Comme s’il avait l’autorisation de Dieu de soumettre comme bon lui semble, puisque son Créateur lui en a donné le pouvoir et le droit.
D’ailleurs, si l’on se réfère aux Saintes Ecritures, Dieu a plusieurs fois détruit l’Humanité parce que celle-ci avait suivi un mauvais chemin ; un chemin qui n’était pas celui que Dieu avait choisi pour elle. Exemple : Adam et Eve, le Déluge, Sodome et Gomorrhe me viennent immédiatement à l’esprit. Si on suit cette même logique divine, il y a longtemps que Dieu aurait dû exterminer la civilisation humaine actuelle, au vu des erreurs – des fautes – qu’elle commet ; que ce soit au nom de Dieu, ou pour d’autres raisons. Après la Première et la Seconde Guerre Mondiale, Dieu aurait dû la foudroyer sur place, après toutes les horreurs qui y ont été commises. Dans les Saintes Ecritures, il en a fallu beaucoup moins pour que Dieu intervienne et n’élimine l’Homme de la surface de la Terre. Parce que si l’on suit ce principe, le réchauffement climatique actuel engendré par l’Homme du fait de sa surexploitation de notre planète, est la volonté de Dieu. Daesh et cette Troisième Guerre Mondiale actuelle est la volonté de Dieu, puisqu’ils appartiennent au processus évolutif de l’Homme voulu par Dieu depuis la Nuit des Temps. Cela veut aussi dire que nul, en ce monde, n’a son libre arbitre, que tout est prédéterminé à l’avance depuis bien avant l’apparition de la vie sur Terre par Dieu. Que le mariage d’untel, l’emploi, d’un autre, la famine en tel endroit, le tremblement de terre, Tchernobyl, le 11 Septembre, pour des exemples récents, ne sont le fait de l’Homme, mais le fait du choix de Dieu. Cela s’inscrit dans le cadre de la volonté divine depuis l’origine de l’Univers. Nous ne serions que des marionnettes, en fait.
On voit très vite les limites de ce système de pensée. Il s’agit de déterminisme. J’irai même plus loin, quand on y réfléchit : le fait que je ne crois pas en lui, est donc la volonté de Dieu. J’avoue franchement que c’est tout à fait incohérent, sans fondement, et dénué de sens, de raison, et d’intelligence. Trop simple, trop facile. C’est ne pas assumer les responsabilités que sont les nôtres, de nos fautes, de nos erreurs, de nos monstruosités ; puisque c’est Dieu qui l’a voulu ainsi. Je dirai même davantage ; de la part de celui qui croit à ce genre d’ineptie, c’est de la lâcheté. Une lâcheté de ne pas assumer ce qu’il est, ses actes, ses désirs, etc.
Dans d’autres articles, j’ai décrit à de nombreuses reprises les raisons pour lesquelles Dieu ne peut pas exister. Celle que je viens de décrire est essentielle dans ce cheminement qui est le mien. Elle vient compléter celles que j’ai développées à plusieurs occasions dans d’autres articles. La différence, cette fois, c’est que, non seulement les preuves montrent que Dieu n’est pas derrière tout ceci, mais qu’aussi, Dieu est le prétexte le plus judicieux à notre nombrilisme, à notre égoïsme, à notre désir de suprématie. Ce qui nous rends, en tout cas, à mes yeux, encore plus mesquins, insignifiants, affligeants, en tant que Race dominante.
Vivement qu’une autre, différente – pas supérieure, juste différente – vienne nous remplacer. Ou qu’à force d’explorer l’univers, qu’à force d’évolution technologique, scientifique, en matière de connaissances dans tous les domaines, on nous force à ouvrir les yeux. On nous réveille de cette léthargie qui nous fait nous reposer sur un Dieu omniscient et tout puissant. On balaie toutes ces certitudes d’être supérieurs aux autres, en nous faisant reconsidérer notre position qui est, comme ces quelques brèves et succinctes explications cosmologiques viennent tenter de le démontrer : nous ne sommes qu’une espèce commune, parmi les milliards d’autres pullulant à travers l’univers. Notre planète est, elle aussi, commune a beaucoup d’autres. Et Dieu n’a rien à voir avec le fait que nous soyons là aujourd’hui ou pas. Car Dieu n’est, après tout, comme le prouvent les Textes Saints, qu’un concept humain, et uniquement humain pour donner une explication cohérente, satisfaisante, à ce qui nous est étranger. A ce que notre intelligence « moyenne » est capable d’appréhender, et de comprendre de l’Univers et de son fonctionnement…
Le sommet de l’OTAN qui vient de se clore Varsovie nous accabla d’un déluge d’approximations et de contre-vérités. La Russie est pointée comme l’adversaire menaçant. La guerre de l’information bat son plein. Quelques rappels s’imposent.
En mourant, l’ancien Premier ministre français Michel Rocard laisse un testament politique qui, sur ce point, apporte un éclairage utile au débat. « Cela remonte à 1991. Boris Eltsine, président de la Fédération de Russie, annonce au monde qu’il met fin au Pacte de Varsovie. La suppression du Pacte de Varsovie pose la question de l’utilité du Pacte atlantique. Et là, l’Occident commet une erreur tragique. Eltsine ne reçoit aucune réponse. Rien. Silence absolu. Six mois plus tard, le président américain réagit, au nom de l’OTAN, mais sans avoir consulté aucun de ses membres, pour dire en substance aux Russes : « C’est bien d’avoir abandonné le communisme et le Pacte de Varsovie ; mais vous restez Russes et, par conséquent, nous restons méfiants et nous allons donc étendre le Pacte atlantique jusqu’à vos frontières, et même incorporer d’anciennes républiques de l’Union soviétique, les trois pays baltes. » L’insulte. La gifle. La menace. Vladimir Poutine l’a vécu comme une humiliation. »
Bien d’autres témoignages corroborent cette vérité historique, tant malmenée, depuis des décennies, par les « occidentalistes » et autres faucons, persuadés de leur suprématie et de leur bon droit. Ancien Secrétaire général du Quai d’Orsay, l’Ambassadeur de France Francis Gutmann écrit : « Washington, soutenu par les Européens, ne cesse de prendre ou de favoriser des mesures susceptibles d’être interprétées par Moscou comme autant de provocations. Ce sont le soutien à grand bruit et à grands frais de pays de l’ex Union soviétique aux frontières de la Russie, la proposition d’accueillir certains d’entre eux au sein de l’OTAN (mais une OTAN pour quoi faire ?), la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo, l’affaire – à ses débuts – du bouclier anti-missiles, etc. Madame Condeleeza Rice était même allée naguère jusqu’à déclarer que les Etats-Unis ne laisseraient pas les Russes faire obstacle à l’élargissement de l’OTAN. Cette déclaration est assez surprenante car elle revient à dire à un assiégé – ou qui craint de l’être – qu’il ne doit pas s’opposer au renforcement de son siège. (…) L’intérêt de l’Europe est de s’entendre avec la Russie plutôt que de participer à son encerclement. (…) L’Europe a besoin d’une Russie nouvelle forte et stable. » (Livre Changer de politique – Une autre politique étrangère pour un monde différent ? 2011) La Russie est européenne jusqu’à l’Oral, l’Eurasie est notre continent commun.
La Géorgie et l’Ukraine servent de prétextes pour dénoncer la posture « agressive » de la Russie. Or, dans les deux cas, la Russie a répondu à des coups de force, militaire dans le premier cas, économique et politique dans le second.
Peu suspect d’angélisme pacifiste, Henry Kissinger met en garde, depuis plusieurs années, contre la stratégie du chaos chère aux néoconservateurs (certains, en France, en Allemagne et ailleurs, se disant « de gauche ») des deux rives de l’Atlantique. Son entretien avec Der Spiegel, administre une leçon de prudente diplomatie http://www.spiegel.de/international/world/interview-with-henry-kissinger-on-state-of-global-politics-a-1002073.html L’ancien Secrétaire d’Etat déclare notamment : « Europe and America did not understand the impact of these events, starting with the negotiation about Ukraine’s economic relations with the European Union and culminating in the demonstration in Kiev. All these, and their impact, should have been the subject of dialogue with Russia. This does not mean the Russian response was appropriate.” Au chaos, Kissinger préfère le discernement, la perspicacité (Insight). Denrée rare.
Il conviendrait d’ouvrir un débat serein, contradictoire, sur l’OTAN, ses visées, son utilité, ses conséquences, ses alternatives. A l’heure ou Varsovie entonne des accents belliqueux, ne devrait-on pas faire entendre à Genève une tonalité de paix ? Lors de sa conférence des 8 et 9 novembre à Genève, le GIPRI se penchera sur la question : « Quelle paix pour quel ordre du monde ? » Nous en appelons aux chercheuses, aux chercheurs, aux femmes et aux hommes soucieux de pluralisme et de paix.
Son dernier livre est Lettres helvètes 2010-2014.
Pour compléter l’information
Réflexions sur le sommet de Varsovie de l’OTAN par Gabriel Galice
Drame des migrants, cuisine américaine et plonge européenne
Publié par Gabriel Galice – 4 Mars 2016
Comme l’ordre du monde, l’art de la table a ses hiérarchies. « Some are cooks, some aredishwashers » : les uns cuisinent, les autres font la vaisselle.
En cuisine, le chef pilote viandes, légumes, sauces, adjoints et marmitons ; en salle, le maître d’hôtel gère clients, chefs de rang et serveurs ; à la plonge, petites-mains et personnels peu qualifiés font la vaisselle. Viendront ensuite les personnels d’entretien pour vider les poubelles et nettoyer les lieux. Ce propos brutal sur les cuisiniers et les plongeurs résume la division du travail entre les deux rives de l’Atlantique, telle qu’elle fut analysée par Robert Kagan, fine fleur de la pensée néoconservatrice étasunienne.
Kagan nous explique que les Américains viennent de Mars, les Européens de Vénus. On objectera que bien des Américains viennent d’Europe mais restons-en à la part de vérité que contient cyniquement la kaganienne assertion.
Depuis des mois, les Européens se désolent, s’affairent, s’attristent, s’indignent, se déchirent devant le flot de migrants échouant sur les plages de Lampedusa, se bousculant devant les barbelés hongrois ou s’agglutinant dans la jungle de Calais. Nos plaintifs plumitifs distribuent le premier prix de bons sentiments à Angela (Merkel), les mauvais points à Victor (Orbán). Les caméras s’attardent sur les enfants portés à bout de bras au-dessus de barbelés, morts sur une plage.
« Que faire ?! » demande la sémillante Elisabeth, l’animatrice du vespéral talk show d’Arte, à l’instar de sa consœur de France 24. Le chef des forces de l’Otan en Europe, le général Philip Breedlove, estime que Moscou et Damas sont à la manœuvre pour déstabiliser l’Europe à coup de réfugiés, devenus la nouvelle arme de destruction massive.
Moscou est, Dieu merci, revenu dans l’axe du Mal, faisant briller de mille feux le champion du monde libre.
L’urgence du « Que faire ? » humanitaire éclipse heureusement la question du politique « pourquoi ? ». « Ce n’est pas le débat ! » tranche l’animatrice de France 24, relevant que le fâcheux député avait eu le mauvais goût de rendre visite à l’infréquentable Assad.
Qui nous parle du « remodelage » du Grand Moyen-Orient programmé publiquement la veille de l’invasion de l’Irak par George W. Bush ? Qui évoque le plan stratégique d’Assad pour faire de son pays un territoire incontournable et qu’il fallait par conséquent casser ?
L’Irak fut brisé dès 2003, la Lybie fut démantelée en 2011 par le fer de lance franco-britannique, la mise en œuvre du renversement du régime d’Assad, wikileaks en témoigne, date de 2006 au moins. Time Magazine du 19 décembre 2006 cite le document classifié révélant le soutien actif des Etats-Unis aux opposants syriens. Les télégrammes des 13 décembre 2006, 25 novembre 2008, 11 mars 2009 corroborent la même mise en œuvre. La désinformation quotidienne nous vend le mensonge que tout est parti de la répression par Assad de son printemps arabe, en 2011.
Le suicide désespéré d’un jeune marchand ambulant tunisien a déclenché les révoltes arabes, hésitant entre révolutions progressistes et changements réactionnaires. On dispute de la question de savoir à partir de quand les islamistes les plus fanatiques entèrent dans l’opposition au gouvernement syrien. Le témoignage de l’ancien Ambassadeur d’Inde en Syrie en vaut d’autres http://www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=4854
Reste que le noyau militaire historique de Daech est constitué d’anciens officiers, sous-officiers et soldats de l’armée de Saddam Hussein mis au chômage par les dirigeants chiites installés au pouvoir par les Etats-Unis.
Les Russes ont fini par entrer dans la danse, lassés par les empiétements de leurs rivaux. Ils osent même frapper les islamistes d’Al-Nosra (filiale d’Al-Qaïda) tenus pour « modérés » par l’ineffable Laurent Fabius http://www.comite-valmy.org/spip.php?article4542 . Les Etats-Unis, comme la Russie, les tiennent pour terroristes, Fabius considère qu’ils font « du bon boulot » puisqu’ils combattent Assad.
Robert F. Kennedy Jr, neveu du président assassiné, rend à César ce qui lui revient. Dans un substantiel article reprenant 65 ans de coups tordus et de coups d’Etats au Moyen-Orient, il explique pourquoi « Pourquoi les Arabes ne veulent pas en Syrie. Ils ne haïssent pas nos libertés, ils haïssent notre trahison de nos idéaux dans leurs propres pays – pour le pétrole ».
Les « dommages collatéraux » de la coalition internationale en Irak
par Asma Mechakra
En réponse à l’expansion de l’état islamique (EI) en Irak, dès août 2014, les Etats-Unis ont amorcé des raids aériens sur une zone de la province de Ninive, au nord du pays. Ils se sont étendus par la suite à d’autres territoires, avec la participation de la coalition internationale. Rafat Alzrari, journaliste irakien, nous fait part de la situation désastreuse : civils morts, risque de famine, destruction des infrastructures…
Plus de 6700 raids auraient été menés par la coalition, faisant des centaines de victimes civiles. La responsabilité des pays est très difficile à engager car, à l’exception du Canada, les autres ne fournissent que très peu voire pas du tout d’informations concernant leurs frappes. Jusqu’à présent, la coalition n’a admis la mort que de 4 victimes civiles. Rappelons que le droit international interdit les attaques sans discrimination des personnes ou des objets civils, même si la zone contient des objectifs militaires, tout comme les attaques pouvant induire incidemment des pertes en vies humaines dans la population civile. Nous avons contacté Rafat Alzrari, journaliste Irakien et directeur du média NRN news, un réseau de journalistes indépendants de la province de Ninive, pour faire le point sur la situation.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, parlez-nous de NRN news.
Fin 2013, avec des collègues journalistes, nous avons mis en place ce réseau pour diffuser les nouvelles de façon neutre, loin des lignes éditoriales imposées par les chaines télé et les journaux dans lesquels nous travaillions (très souvent, l’information était traitée en fonction de l’orientation politique de ces médias). Par manque de moyens, nous avons créé deux plateformes de diffusion (facebook et twitter) en attendant la mise en place d’un site internet. Après l’accélération des événements suite à la prise du Mossoul par l’EI, notre travail s’est concentré sur : la documentation des crimes commis par l’organisation contre les citoyens, le recensement des victimes des raids aériens de la coalition internationale, en plus de bulletins d’informations.
Mossoul est la ville la plus bombardée par la coalition internationale. Un mot sur la situation dans cette ville ?
Je tiens à tirer la sonnette d’alarme sur la faim et l’extrême pauvreté subies par la population civile de Mossoul. Selon nos sources, la ville vivra prochainement une famine (plus tragique que celle de Madaya en Syrie car entre 1,5-2 millions de personnes sont concernées), et ce pour diverses raisons : (1) Le gouvernement Irakien a arrêté de verser les salaires depuis plus de six mois (2) La ville est assiégée de tous les côtés et la route commerciale alternative a été intensivement bombardée, rendant l’approvisionnement en nourriture quasi impossible et conduisant à la flambée des prix (3) Elle empêche les habitants de quitter la ville et les utilise comme boucliers humains, mais aussi à cause de ses instructions et ses lois extrémistes qui interdisent plusieurs professions, faisant exploser le taux de chômage.
Quelles sont les données en votre possession sur les victimes civiles des frappes aériennes menées par la coalition internationale contre l’EI ?
Selon nos rapports (établis, entre autres, par nos propres correspondants au Mossoul), le nombre de morts civils des frappes aériennes de la coalition s’élève à 370 victimes (47 civils en 2014, 294 civils en 2015 et 29 civils en 2016) et plus de 400 blessés. Ces chiffres concernent la province de Ninive seulement.
De nombreux médias arabophones (Al Ahram, Al Quds, RT arabic…), ont relayé une information relative à la mort de 28 enfants le 25 Novembre 2015 suite au bombardement de leur école au Mossoul par l’aviation française. La source de l’information provient d’un tweet de la chaine d’information allemande Deustche Welle sur le fil en arabe, qui l’attribue à un militaire Irakien du nom de Al Sabaaoui. Nous avons reçu un témoignage* niant ce nombre de morts. Quel sont les informations dont vous disposez ?
Cette information a été diffusée le jour même du supposé bombardement alors que l’identité des avions ne peut être reconnue (étant impossible de le voir à l’œil nu), à part si c’est officiellement déclaré. Des demandes doivent êtres adressées aux commandants de la coalition internationale. Nous ne disposons d’aucun rapport sur un bombardement en cette date. Les attaques mentionnées dans le témoignage sont survenu plus tard, le 21 Décembre 2015. La coalition internationale a bombardé une maison se situant dans le quartier du 17 Juillet au Mossoul, près de la mosquée Barakat Al-Rahman et du marché s’étendant sur les deux côtés de la rue. Elle était utilisée par les membres de l’organisation de l’EI. Selon notre correspondant, 15 éléments de l’organisation et 20 civiles, dont des femmes et des enfants, ont été tués, en plus de 30 civils blessés. Les bombardements ont été perpétrés à une heure de pointe.
Quelle sont les démarches légales entreprises par les familles des victimes ?
Selon des informations fournies par des organisations humanitaires internationales ainsi que des fonctionnaires du gouvernement irakien, il n’existe aucune clause prévoyant l’indemnisation des victimes civiles des bombardements de la coalition dans l’accord de sécurité conclu entre la coalition internationale et le gouvernement Irakien. Les familles des victimes réclament des indemnisations au gouvernement Irakien. Si leurs démarchent n’aboutissent pas, ils nous ont informés qu’ils prévoient d’engager des poursuites contre les pays de la coalition concernés.
Comment les habitants voient-ils l’avenir ? Pensent-ils que les frappes (occidentales et russes) viendront à bout de l’EI ? Ont-ils espoir dans les négociations sur la Syrie ? Un an et demi après la prise de la ville par l’EI, l’avenir est flou pour la population de Mossoul. Les gens ne croient pas que les frappes de la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis ou de la Russie viendront à bout de l’EI. Cependant, les faits sont têtus : les gens constatent que les frappes de la coalition induisent plus de dommages dans les infrastructures et de pertes civiles qu’elles n’atteignent les éléments de l’organisation. La seule solution, à leurs yeux, serait une intervention terrestre qui mettrait fin à l’EI et à la mort lente qu’ils vivent, à la merci des terroristes et des missiles largués par les avions de la coalition. Quant aux négociations sur la Syrie, en dépit de leur importance et de leur étroite relation avec la situation en Irak et dans la région, elles ne suscitent pas un intérêt particulier pour la population, autant dire qu’ils n’ont aucun espoir dans ces négociations. Les gens sont conscients qu’ils payent le lourd tribut des jeux d’intérêts au Moyen-Orient impliquant les puissances internationales (Russie, Etats-Unis et Cie.) et régionales (Iran, Arabie Saoudite, Turquie et Qatar).
Le gouvernement irakien est-il en mesure d’apporter une solution au conflit confessionnel ?
Le gouvernement irakien est dans l’impasse : une situation financière difficile, des affaires de corruption qui l’éclaboussent de toutes parts, la guerre contre Daesh et les questions régionales, et pour compliquer le tout, il procède de nouveau à la restructuration des ministères. Difficile d’imaginer que la question confessionnelle soit une priorité, et quand bien même elle le serait, toutes les expériences précédentes ont prouvé l’échec des gouvernements irakiens successifs à résoudre le conflit sectaire et à avoir un vrai projet de réconciliation nationale. Le gouvernement actuel n’a pas les outils nécessaires pour atteindre cet objectif.
Quelle serait donc la solution selon vous ?
En ce qui concerne le gouvernement irakien et la situation en général, la solution sera complexe, difficile et longue, mais je vais essayer de résumer les points les plus importants à mon sens :
1. Changer le système judiciaire irakien et le restructurer pour que le gouvernement puisse lutter contre la corruption.
2. Nominer (Nommer) de nouveaux ministres, non pas sur le principe des quotas comme c’est le cas actuellement mais sur le principe de la technocratie et apporter des réformes structurelles dans tous les appareils de l’Etat.
3. Recourir à des experts en économie irakiens et étrangers afin de résoudre la crise et de créer un plan d’action pour la mise en place d’un projet de développement stratégique afin de sortir de la dépendance au pétrole.
4. Assurer la sécurité du pays et lutter contre le terrorisme en interdisant la possession d’armes et en éradiquant toutes les formes de milices armées et se basant sur les services de renseignement, plutôt que sur la politique de la terre brûlée.
5. Refonder des institutions régies par les principes de transparence et d’intégrité pour venir à bout de la corruption politique et financière.
6. Permettre la formation de régions autonomes afin de satisfaire les différentes composantes de la société irakienne, dans un cadre d’état central.
7. trouver un terrain commun pour le dialogue entre les différents acteurs de la vie politique et faire des concessions pour parvenir à une solution en un temps record déterminé à l’avance.
* Selon le témoignage d’une famille Irakienne locale : » Il y effectivement eu un bombardement de la zone dite du 17 Tamouz (Juillet) et une école a bien été touchée ainsi qu’un complexe médical, des marchés et des logements de civils. Il n’y a pas eu ce nombre de morts parmi les enfants, mais il y a toujours des innocents parmi les victimes des bombardements. Plus exactement, la cible était un siège de Daesh où se tenait une réunion. Plus généralement, les bombardements ciblent actuellement les ponts, les maisons abritant des membres de Daech, les lieux de stockage d’arme, voire quelques fois, les voitures les transportant, surtout lorsqu’il s’agit de leurs chefs comme ce qui s’est passé dernièrement dans une rue du quartier El Mathna à Mossoul. Une voiture appartenant à Daech a été bombardée et des voitures civiles autour ont brulé faisant vingtaine de victimes civiles vs. une seule voiture de Daech avec tout au plus 5 personnes à bord. Les civils sont toujours beaucoup plus touchés ».
Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions
Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.
3/ La stratégie de la dégradation
Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.
4/ La stratégie du différé
Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.
5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge
La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion
Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…
7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise
Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »
8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité
Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…
9/ Remplacer la révolte par la culpabilité
Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…
10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes
Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.
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