DÉJEUNER-DEBAT

Rémy Hildebrand

Déjeuner-débat à Genève

D&DS

Saison 2012-2013

Vendredi 8 juin 2012

au

6, rue de la Scie 1207 Genève

Nous aurons l’honneur de recevoir

Rémy HILDEBRAND

Rémy Hildebrand

Journaliste et écrivain

Fraternité, démocratie: dialogue dans le cas du tricentenaire de la naissance de J.-J- Rousseau

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12h10 Repas

13h00 Déjeuner-débat

Débats réservés aux Francs-maçons et Franc-maçonnes

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Document :

1.- Jean-Jacques ROUSSEAU : Les difficultés d’une démocratie véritable

Dans ce texte du Contrat Social, Rousseau s’attache à l’analyse de ce que serait une démocratie véritable, satisfaisant à toutes les exigences que semble sous-entendre son sens étymologique. Il pose ainsi pour principe qu’une telle forme de gouvernement relève d’un idéal inaccessible aux hommes, car par trop exigeant.

Pour ce faire, l’auteur commence par une analyse purement quantitative : si  » démocratie  » signifie  » pouvoir du peuple « , elle engage une participation et un engagement constant de celui-ci dans les discussions et les prises de décisions, ce qui s’avère difficile, voir contre-nature.
Par suite, cette implication collective requiert qu’un certain nombre de conditions pratiques soient satisfaites, faute de quoi cet exercice commun de l’autorité politique ne saurait être mis en œuvre : petit état, simplicité de mœurs, égalité sociale, et abolition du luxe.
En outre, ces exigences pratiques ne sauraient elles-mêmes aller sans une exigence morale, car seule la vertu, comprise ici comme qualité éminemment sociale, nous poussant à vouloir et à faire le bien, peut nous permettre de répondre à tous ces impératifs.
Enfin, et parce qu’elle sous-entend un débat d’opinions, lesquelles sont par nature changeantes et diverses, la démocratie nécessite de la part des citoyens beaucoup de volonté, voir de courage, pour être maintenue malgré l’instabilité caractérisant son fondement.
Nous le voyons donc, Rousseau, s’il ne remet pas en question la valeur théorique de la Démocratie, fait cependant de celle-ci un régime politique utopique supposant une nature humaine idéale.
Pourtant, comme tout idéal, le modèle démocratique semble d’un intérêt certain, et il serait dangereux de renoncer à sa mise en œuvre. Peut-être conviendrait-il en effet de réaffirmer avec force et conviction cette formule citée par

Rousseau :  » Mieux vaut une Liberté dangereuse, qu’une servitude tranquille « .

Du Grec Démos signifiant le peuple, et cratos, le pouvoir, le terme de Démocratie semble devoir désigner une forme de gouvernement où l’autorité politique ne serait pas l’apanage d’un individu ni même d’une élite, mais bien plutôt la propriété d’un peuple dans son ensemble. Ceci engagerait donc que toute décision soit l’expression, non d’une volonté particulière, mais générale, c’est-à-dire la traduction d’un intérêt commun qui ne peut transparaître qu’au travers de la confrontation des intérêts privés.
 » Il y a souvent bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale ; celle-ci ne regarde qu’à l’intérêt commun ; l’autre regarde à l’intérêt privé, et n’est qu’une somme des volontés particulières : mais ôtez de ces mêmes volontés les plus et les moins qui s’entre-détruisent, reste pour somme des différences la volonté générale « . Rousseau ; Du Contrat Social.

Aussi semble-t-il nécessaire, pour le respect de l’idéal démocratique, que tous les citoyens participent au débat politique, et ce de façon systématique, faute de quoi les décisions qui pourraient être prises ne seraient plus véritablement adéquates à cette volonté générale ou volonté du peuple, posée comme fondement d’une telle forme d’état.
Cela dit, il semble difficile d’affirmer la possibilité d’une telle constitution.
En effet, l’idée même d’une autorité commune pose problème : en dehors de la société humaine, et de façon générale dans la nature, l’autorité n’est a priori jamais également répartie entre les individus. Certes, nous pourrions ajouter que généralement cette autorité s’acquiert par la force, et ainsi reposer le problème de ce fameux droit du plus fort, supposé dans la nature, et dont certains ont pu s’inspirer pour concevoir un modèle politique. Ainsi Hobbes en vint-il à user de celui-ci jusqu’à en faire l’essence même de ce grand Léviathan, Etat fort et autoritaire,  » pouvoir visible visant à tenir les hommes en respect, et à les lier, par la crainte des châtiments, tant à l’exécution de leurs conventions, qu’à l’observation des lois de nature.  » Hobbes ; Léviathan.

Mais ce serait oublier que ce terme de droit n’ajoute rien à la force, et que pour être légitime, une autorité, même politique, ne peut s’exercer et être maintenue que si ceux qui y sont soumis le sont en vertu d’une obligation morale, c’est-à-dire par devoir. Néanmoins, que cette autorité repose sur la force, ou encore sur un charisme ou une sagesse reconnue, et finalement, quelque soit le principe sur lequel elle s’appuie, elle n’est généralement la propriété que d’un petit nombre, et jamais de l’ensemble de la collectivité, puisque toujours elle renvoie à une caractéristique spécifique.
Par ailleurs, envisager l’exercice commun du pouvoir politique engage de la part des citoyens une disponibilité et une attention de tous les instants. Or, comment envisager qu’un peuple puisse rester incessamment assemblé ? Ce serait supposer une existence exempte de tout impératif particulier, ignore les contraintes de la vie quotidienne : travail pour subvenir à ses besoins, taches domestiques…, mais aussi prétendre un intérêt génral pour la vie politique et les affaires publiques (res-publica), ce qui ne semble pas garanti.
Faute d’une implication effective et constante de l’ensemble des citoyens, grande est la tentation de confier à des commissions, c’est-à-dire des groupes restreints d’individus, la tache de réflexion et d’entente préalable, nécessaire à toute prise de décision. Mais c’est là considérablement appauvrir le débat politique, et par suite dénaturer la démocratie véritable, qui ne peut s’appuyer que sur un débat public : la volonté générale ne saurait être obtenue et suivie dans de telles conditions.

Quoi de plus facile en effet, pour un petit groupe d’individus, que de se mettre d’accord sur une ligne de conduite, et, par suite, de tronquer les débats, d’influencer les décisions, en présentant comme solution raisonnée, des intérêts particuliers, ou bien encore en restreignant volontairement le nombre des choix offerts à des individus qui n’auraient pas pris le temps de la réflexion, et ainsi d’abuser de leur confiance en s’octroyant insidieusement un pouvoir et une autorité accrue, mais non légitime ?
Nous le voyons donc, la Démocratie, au sens étymologique, engage une constitution bien précise, ne souffrant aucune concession.
Or, il apparaît nécessaire qu’un certain nombre d’exigences pratiques soient satisfaites pour qu’un tel régime puisse voir le jour.

Tout d’abord, il ne saurait s’exercer convenablement sur un territoire trop vaste, ni s’appliquer à une population trop importante : assembler un peuple entier engage en effet que celui-ci puisse aisément et rapidement se regrouper et sous-entend donc une certaine proximité. Et dans la mesure où, non seulement chaque citoyen doit pouvoir prendre part au débat, mais encore où les décisions prises doivent viser l’intérêt général, et engagent donc une bonne connaissance des intérêts particuliers, seule une collectivité limitée pourra prétendre à une telle forme de gouvernement.
Secondement, et c’est un fait d’expérience, la multiplicité et l’hétérogénéité des habitudes de vie, la diversité des us et coutumes, favorisent toujours l’apparition de conflits au sein d’une société. Or, plus les difficultés sont nombreuses, plus les solutions sont complexes à découvrir. L’expression d’une volonté générale sera en effet d’autant plus aisée à dégager que les intérêts particuliers à surmonter et à concilier seront en nombre limité. En cela, une grande simplicité de mœurs semble donc bien nécessaire.

Ensuite, tout débat véritablement démocratique suppose que les interventions de chaque citoyen aient autant de valeur les unes que les autres, et donc qu’aucun n’est la possibilité d’acquérir ou d’exercer sur l’autre une plus grande autorité ou influence. Ceci ne semble pouvoir se réaliser que si règne au sein de la collectivité la plus grande égalité qu’il soit possible d’obtenir, tant dans les rangs que dans les fortunes. Car si celui qui dispose d’une certaine aisance financière pourra, sans que son confort en pâtisse, facilement se consacrer à la chose publique, il n’en va évidemment pas de même pour celui qui, pour subvenir à ses besoins, doit exercer une activité professionnelle. Par suite, cette inégalité risque également d’en faire apparaître une autre, puisqu’il est courant que le second dépende financièrement du premier, ou, à défaut, que le premier puisse exercer une influence directe ou indirecte sur le second, soit que l’un soit salarié de l’autre, et fasse preuve d’une certaine retenue, soit que l’autre, ou bien soit plus présent lors des prises de décisions et ainsi obtienne une plus grande influence, ou bien puisse exercer directement son autorité sur le premier.

Enfin, il convient que le luxe soit absent de la société démocratique, en tant qu’il représente, pour cette dernière, un danger. Cette exigence semble d’ailleurs pouvoir se déduire logiquement de la précédente, puisque le luxe, outre son côté inessentiel, et donc la superficialité qu’il engage chez l’individu qui le recherche, suppose également une inégalité sociale : le luxe ne peut être en effet que l’apanage de quelques uns dans la mesure où parmi les choses qui le caractérisent, nous retrouvons la rareté et le côté dispendieux. En sorte que l’objet de luxe peut devenir marque d’appartenance sociale, et donc affirmer les différences et par suite susciter la convoitise et créer les conflits. Cela étant, la recherche du luxe, en tant que recherche de l’inutile et du superflu, peut également amener à une perte des priorités et des valeurs fondamentales dont la Démocratie ne peut s’accommoder, et reste la marque d’un esprit commandé par les passions ou les désirs, et non par la raison. En cela, il est annonciateur bien plutôt d’un règne de l’opinion, que de la réflexion, et est donc nécessairement négatif.

De l’analyse des conditions requises pour l’exercice d’une Démocratie véritable, c’est tout naturellement que nous sommes finalement amenés à postuler chez le citoyen idéal une vertu sans faille, tant les exigences d’un tel régime sont nombreuses. La vertu en effet, parce qu’elle désigne toute qualité humaine nous poussant à vouloir et à faire le bien, semble indispensable à la réalisation et au maintien d’une telle société politique.
A noter cependant que ce n’est point là une spécificité de la Démocratie, mais que de façon générale, tout état, en tant qu’il suppose une forme de contrat, même tacite, et en tant que sa pérennité dépend du respect de ce contrat et par suite de la constitution, suppose ces qualités éminemment sociales que la vertu désigne. Si l’état vise le bien de la société, le fondement de l’état doit renvoyer et s’appuyer sur la volonté des citoyens d’accéder au bien commun.
Mais il est vrai que, parce qu’elle engage le peuple dans son ensemble, et que son essence est la volonté du peuple, la démocratie, plus que tout autre régime, engage cette vertu, faute de quoi la multitude des conflits d’intérêts particuliers rendrait bien vite impossible son fonctionnement ou la rendrait inefficace.

La Démocratie est donc bien un régime exigeant, mais aussi extrêmement fragile et instable, ce qui se laisse aisément expliquer par l’essence même de son fondement, à savoir la volonté générale. Celle-ci en effet n’est pas assimilable à la volonté de tous, mais n’est que le résultat de l’entre destruction des volontés particulières ou opinions qui s’opposent. Or, par définition, les opinions sont changeantes et mal assurées, d’où une volonté générale quelque peu lunatique dont les renversements et contradictions successifs expliquent nécessairement conflits et luttes intestines. Il faut pourtant parvenir à dépasser ces oppositions et sauvegarder la forme de la république, ce qui exige de la part des citoyens courage et constance, mais aussi vigilance, afin de veiller au respect de la constitution et des institutions.
En ces circonstances, l’on pourrait concevoir que parfois les citoyens renoncent et abdiquent face aux difficultés, mais il faut faire un choix : la liberté ou la facilité. Si la démocratie est aussi idéale qu’elle paraît, et si grâce à elle notre liberté et nos droits peuvent être garantis, les efforts et concessions qu’elle demande valent certainement la peine d’être endurés. D’où cette affirmation riche de sens et qu’il conviendrait de toujours méditer :  » mieux vaut une liberté dangereuse qu’une servitude tranquille « . L’homme doit se donner les moyens de sa liberté.

Ainsi la perfection d’un tel régime est évidente, mais semble finalement sérieusement contraster avec notre nature véritable, et il n’est pas certain que l’homme puisse répondre et satisfaire autant d’exigences.
Mais, plutôt que de renoncer à un tel idéal, ne devons-nous pas accorder aux hommes le bénéfice du doute et leurs laisser une chance de l’atteindre ?
© GUICHARD Jérôme.

2.- Jean-Jacques Rousseau et la démocratie


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Alain Marti

Déjeuner-débat à Genève

D&DS

Saison 2012-2013

Vendredi 11 mai 2012

au

6, rue de la Scie 1207 Genève

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Alain Marti

Alain Marti

sur le thème

Histoire de l’Organisation Judiciaire de Genève (1814-2010)

Résumé

Le titre donne l’impression que cet ouvrage est consacré à un sujet qui ne concerne que les habitués du Palais de Justice. Mais cela ne se vérifie que pour quelques chapitres seulement. Les autres sont proprement des pages de l’histoire générale de Genève, car le pouvoir judiciaire a été un enjeu politique à maintes époques et les affrontements idéologiques au Grand Conseil se sont succédé à propos de l’organisation judiciaire.
Le jury, par exemple, a toujours été en faveur auprès d’une partie non négligeable des conseillers d’Etat ou des députés. Même sous le régime de la Restauration. De grandes figures de l’époque en étaient de fervents partisans, même si ils ne sont pas parvenus à l’imposer. Il faudra attendre la personnalité bouillonnante de James Fazy pour que cette aspiration diffuse prenne enfin corps. Mais petit à petit, on a réduit le rôle du jury et on a fini par le vider de son sens. Quand la Confédération l’a balayé, il était déjà mort. Et pourtant, tout récemment encore, il a fait parler de lui dans le procès de la Banque Cantonale.
Depuis les révolutions radicales, il y a toujours eu un courant d’opinion pour parler d’une justice populaire à laquelle les conservateurs opposaient la justice tout court, car ils n’en connaissaient pas d’autre. D’abord dirigée contre l’ancienne classe dirigeante, cette tendance a voulu battre en brèche ce repaire des l’aristocratie que constituait pour lui le pouvoir judiciaire. A la suite d’un concours de circonstances tiré de l’histoire religieuse de Genève et de l’Europe, Carteret a inventé l’institution de juges assesseurs non juristes, pour mieux contrôler les juges. Quand il a été question de les abroger, le parti socialiste a lancé une initiative populaire pour obtenir l’élection des magistrats par le peuple. Il en avait été longtemps question, mais personne n’avait osé franchir ce pas. En réalité, les partis politique étaient plutôt désireux de garder la haute main sur la justice en élisant qui leur convenait. Les élections avaient été très politisées. Or, curieusement, l’élection par le peuple n’a pas changé cette situation et, très rapidement, des voix se sont élevées pour remédier à cela. Des réflexions sur l’indépendance de la justice, il n’est sorti que le Conseil Supérieur de la Magistrature.
Pendant de nombreuses années, la clef de voûte de nos institutions a été une loi sur la Responsabilité de Conseil d’Etat. Elle fut proposée par James Fazy, qui fut le premier à violer la séparation des pouvoirs, ce qui provoqua un conflit ouvert entre lui et le Procureur Général et ce dernier fut contraint de démissionner. Dans les années 1930, lors de la faillite de la Banque de Genève, cette loi se révéla inapplicable et fut abolie, au milieu des convulsions qui agitèrent la République dans un état de crise sans précédent.
De nombreuses pages de ce livre méritent ainsi de retenir l’attention de non juristes : c’est l’histoire chahutée et tourmentée de Genève qui défile sous les yeux du lecteur.

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Esther Jouhet

Déjeuner-débat

Dialogue et Démocratie Suisse

(D&DS)

Saison 2011-2012

Vendredi 13 avril 2012

au

6, rue de la Scie 1207 Genève

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Esther Jouhet

Esther JOUHET

Esther Jouhet-Bordoni est la créatrice de la méthode Penser, Voir et Agir Systémique© et fondatrice du Systemic Learning Institute SA. Après une riche carrière en entreprises et de nombreuses expériences, elle découvre la systémique, à laquelle elle décide alors de se consacrer et finit par créer sa propre méthode qui se distingue par sa simplicité et son efficacité. Pendant plus de 15 ans, Esther Jouhet-Bordoni a partagé sa passion et transmis son savoir à de nombreuses personnes qui appliquent avec succès sa méthode au quotidien, tant dans leur vie professionnelle que privée.

sur le thème

Représentations systémiques en entreprise

La méthode Penser, Voir et Agir Systémique©, créée par Esther Jouhet-Bordoni, permet de se mouvoir dans la complexité et apporte des résultats rapides et durables. Basée sur les principes fondamentaux de la systémique, elle place le sens au cœur de toute démarche et s’appuie sur la responsabilisation et l’autonomisation des individus, ainsi que sur la co-construction de l’organisation. C’est une véritable boîte à outils qui apporte fluidité et agilité aux organisations et aux individus.

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Alain Marti

Déjeuner-débat

Dialogue et Démocratie Suisse

(D&DS)

Saison 2022-2023

Vendredi 8 avril 2022

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6, rue de la Scie 1207 Genève

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Alain Marti

Alain MARTI

Avocat, écrivain et homme de lettres

Les guerres de 1870 et l’équilibre européen

La guerre franco-allemande de 1870-1871, parfois appelée guerre franco-prussienne ou guerre de 1870, est un conflit qui oppose, du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871, la France à une coalition d’États allemands dirigée par la Prusse et comprenant les vingt-et-un autres États membres de la confédération de l’Allemagne du Nord, ainsi que le royaume de Bavière, celui de Wurtemberg et le grand-duché de Bade.

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Christelle Girod

Déjeuner-débat

Dialogue et Démocratie Suisse

D&DS

Saison 2012-2013

Vendredi 9 février 2012

au

6, rue de la Scie 1207 Genève

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Christelle GIrod

Christelle Girod

Pédagogue diplômée, professeur de langue et de civilisation  françaises.
Présidente-Directrice de l’Alliance française de Genève. Elle y crée et dirige notamment le Centre d’ingénierie culturelle. Elle fonde en 2003, le cabinet COCREATION s.a.
En 2008, certifiée par Créa-France et l’Université Descartes-Paris  » Expert en créativité appliquée à l’innovation « .
En 2009 nommée Chevalier dans l’ordre des Palmes académiques.

 » Je me donne des règles pour être libre « 

Georges Perec

L’écriture créative… Écrire différemment

L’écriture : Pourquoi ne nous accompagnerait-elle pas pour le meilleur, pour le plaisir, pour la découverte de soi et des autres, pour approcher parfois l’art et même s’y installer. Pourrait-on reconsidérer l’écriture, non plus communément comme une terre inaccessible ou uniquement une partie récréative anodine ?
Comment déterminer les enjeux et de les mettre en relief ?
Soignons déjà notre premier outil, qui plus est, celui de tous, à l’oral comme à l’écrit : la langue.                                                               
Ce n’est pas le français qui  »  tirerait la langue « , ce sont toutes les langues et les cultures qui
seraient en danger. Agir pour la défense de sa langue et de sa culture, c’est aussi agir et reconnaître
les autres langues et cultures dans leur différence.
Aujourd’hui il est de bon ton de réclamer partout de la créativité, de postuler qu’il est urgent
de créer, de reconsidérer sans cesse les acquis, de ne pas s’endormir sur les succès. Quels efforts supplémentaires ou différents devraient être fournis, pour atteindre d’une part les jeunes (et aussi les
moins jeunes …) qui  ne comprennent pas très bien le pourquoi ni le comment de  » la défense et
illustration de la langue française « , d’autre part les seniors  qui vivent dans la peur de
l’anglais (plus exactement du globish qui est une autre histoire moins grave …)  qui ferait  » disparaître  » leur langue maternelle et de culture, et  enfin  ceux  qui pensent que la culture,  » c’est pour l’autre « ,
pour le privilégié, pour l’intellectuel ?

Réconcilier l’homme et la culture, c’est d’abord faire la démonstration qu’elle existe par
lui, pour lui et non contre lui. N’y aurait-il pas urgence de promouvoir des moyens suffisants pour décomplexer mais non pour simplifier ?
D’où viennent les souvenirs mauvais, les attentes contrariées, les croyances limitantes ?
Il est des ressentis  » de n’être pas à la hauteur par rapport aux autres « , ces autres qui se
serviraient de la culture comme d’une grille d’évaluation (par ex. les fameuses fautes
d’orthographe qui font la différence entre telle ou telle personne quant à son niveau d’études, une sorte d’ascenseur social). Certes  » bien écrire  » est souhaitable mais  » écrire  » l’est autant mais différemment.
Comment faire la démonstration que la langue est un outil qui forcément nous sert ?
Comment en cette langue, y aménager de la place pour de l’ailleurs et de l’autrement sans déclarer
la guerre aux gardiens de la grammaire, du style et des règles, qui sont les colonnes du temple ?
On ose parler (fautes ou pas) pourquoi n’ose-t-on pas toujours écrire ?  Proposons pour effectuer la transmission de ne pas toujours nous conformer au langage d’un groupe en ressassant des expressions prêtes à l’emploi, invitons les usagers du français à oser se servir librement  » dans la langue  » pour amener la rencontre avec la singularité de tous et  que des  » planches « , des écrits offrent la puissance de l’authenticité.

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Aurélien Witzig

Déjeuner-débat

Dialogue et Démocratie Suisse

(D&DS)

Saison 2011-2012

Vendredi 11 novembre 2011

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6, rue de la Scie 1207 Genève

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Aurélien Witzig

Aurélien WITZIG

Droit suisse – droit français : quelles ressemblances, quelles différences ?

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Résumé de la conférence

Différences de constitutionnalité entre la Suisse et la France

1. Constitution fédérale suisse du 18 avril 1999 – Préambule

« Au nom de Dieu Tout-Puissant! Le peuple et les cantons suisses,
Conscients de leur responsabilité envers la Création,
Résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde, Déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité, Conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,
Sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ( … ) »

2. «Bloc de constitutionnalité» français

a. Constitution du 4 octobre 1958

Article 1 : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »
Article 2, alinéa 4 : « La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité ». »

b. Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789

Article 1 : Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.
Article 2 : Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

c. Préambule de la constitution du 27 octobre 1948 – Article 11

Elle (la Nation) garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs. Tout être humain qui, en raison de son âge, de son état physique ou mental, de la situation économique, se trouve dans l’incapacité de travailler a le droit d’obtenir de la collectivité des moyens convenables d’existence

d. Charte de l’environnement de 2004 – Extrait

La préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la Nation.

Annexes

Constitution française 1958

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Constitution fédérale de la confédération Suisse


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Christian-Nils Robert

Déjeuner-débat

Dialogue et Démocratie Suisse

(D&DS)

Saison 2022-2023

Vendredi 16 septembre 2011

au

6, rue de la Scie 1207 Genève

Nous aurons l’honneur de recevoir

Christian-Nils Robert

Christian Nils ROBERT

sur le thème

L’univers carcéral et les visiteurs de prisons

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André Moser

Déjeuner-débat

Dialogue et Démocratie Suisse

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Saison 2010-2011

Vendredi 13 mai 2011

au

6, rue de la Scie 1207 Genève

Nous aurons l’honneur de recevoir

André Moser

André MOSER

Retraité, ancien ingénieur en génie-chimique, ancien Conseiller municipal, président cofondateur de Dialogue & Démocratie Suisse, président du Cercle-Condorcet-Voltaire du pays de Gex et de Genève, président des Cuisines scolaires Pâquis-Plantaporrêts, membre du Forum d’agglomération du Grand Genève.

sur le thème

La laïcité, une tolérance nécessaire

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Grand Orient Arabe Oecumenique

Grand Orient Arabe Œcuménique


De l’obédience :

– Le Grand Orient Arabe Œcuménique prône, en dehors de ses structures, le dialogue interreligieux et vise à porter la fraternité au-delà des confessions. Constatant que peu de français et d’européens de confession musulmane fréquentent les obédiences maçonniques faute d’y trouver leurs repères culturels, le G.O.A.O. travaille avec un nouveau rite dit Œcuménique décrit plus loin.
– L’obédience est ouverte aux hommes et aux femmes de toutes nationalités, de toutes races et de diverses croyances. Elle vise à placer la fraternité non pas au-dessus des confessions, mais au-delà, et veut faire en sorte que chacun puisse découvrir et s’enrichir des pensées de l’autre. Elle rappelle que la laïcité qui la structure qui n’est pas une forme d’athéisme et que, naturellement comme partout en maçonnerie, la religion et la politique restent aux portes de la loge, propriétés du monde profane.
– Le Grand Orient Arabe Œcuménique travaille donc à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers.
– Le Grand Orient Arabe Œcuménique est une puissance maçonnique indépendante et souveraine.
– Elle a pour devise : Liberté – Égalité – Fraternité.
– L’obédience est mixte et met l’accent sur l’étude et la recherche au sens maçonnique du terme.
– Ses trois Grandes Lumières traditionnellement placées sur l’autel de la loge sont : l’équerre, le compas et le Livre de la Loi sacrée. Ce dernier peut être soit l’Ancien Testament, soit l’Évangile selon saint Jean, soit le Coran, soit deux ou trois de ces ouvrages selon les circonstances.
– Les obligations des Maçons sont prêtées sous les trois Lumières et le choix du Livre de la Loi sacrée est laissé à l’initié.

Des moyens mis en œuvre :   

– De nombreux pays n’ont pas encore la chance de voir se développer librement des associations comme à la Franc-maçonnerie. La maçonnerie y est soit interdite, soit extrêmement contrainte. Le G.O.A.O. souhaite pourtant que les lumières qui se tiennent à l’Orient puissent également se tenir en Orient, pour en partager la fraternité et œuvrer à l’harmonie maçonnique.   

– Heureusement, depuis le XVIIIe siècle qui vit la naissance de la maçonnerie, les progrès technologiques sont importants. Internet, par exemple, représente le moyen de communication et de connaissance le plus largement partagé dans ces pays qui restreignent la forme d’expression maçonnique. C’est pourquoi il est dans les missions du G.O.A.O. d’entrouvrir les portes de la maçonnerie dans la conception universelle et œcuménique qui est la sienne, c’est-à-dire détachée de toute idée religieuse et plus encore de toute notion de salut comme de sécularisation, par l’intermédiaire de cette technologie.

– La connaissance de la symbolique maçonnique, de ses récits fondateurs ou non, comme de ses mythes et de ses rituels n’est plus un secret pour toute personne sachant lire et consulter quelques uns des milliers de livres (ou de sites Web) sur le sujet. Tout y est dit, décrit, expliqué voire imagé. Le G.O.A.O. se propose donc par la voie d’internet de soutenir tout candidat sur le chemin de l’initiation à partir du moment où il réside dans l’un de ces pays contraints.

– Pour autant, l’initiation « à distance » ne peut qu’être un leurre. Elle doit être vécue entourée de frères et / ou de sœurs travaillant ensembles à sa réussite. C’est une œuvre nécessairement collective au profit d’un seul, une expérience sur soi qu’aucun savoir ne saurait remplacer. Le G.O.A.O., par son organisation novatrice, satisfait à l’ensemble de ces exigences.
   
Du rite Œcuménique

Il est un constat désolant pour des défenseurs de la fraternité, c’est que très peu de français et européens de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues. Cette échec à la fraternité s’explique par de nombreuses raisons, mais il est évident que les rituels que la maçonnerie propose, les décors qui ornent nos locaux et les récits historiques ou mythologiques (Hiram) qui les soutiennent n’ont aucun point commun avec le monde Islamique. Les rappels à la symbolique chrétienne ou judaïque de nos rituels sont nombreux et parfois très explicitent (cf. le chevaleresque RER, le rite d’York…).

– Un frère (ou une sœur) de confession musulmane est forcément en perte totale de repères culturels. Rien, en effet, ne vient conforter son regard ou tisser un lien avec son passé, son histoire sociale et religieuse.
– Nos rituels occidentaux relatent des chroniques anciennes de la Bible, du Talmud ou nous parlent de kabbale dans une débauche de termes hébraïques et de références chrétiennes. Et plus l’on monte dans les hauts grades, plus cela se vérifie.
– Depuis l’affaire Dreyfus au XIXe siècle, l’image du « complot judéo-maçonnique » à laissé des traces persistantes qui évoquent trop souvent le juif comme une origine du mal, de la délinquance morale ou financière. N’est pas Satan qui veut, mais le juif de ces caricatures ne travaille pas seul puisqu’il fait corps avec le franc-maçon, qui élabore sans cesse d’infâmes complots contre la république dans la pénombre de ses ateliers.
– Tout ceci enfin tisse un lien fort avec l’état d’Israël où la maçonnerie aux racines juives est une machine assurément sioniste et anti-islamique, qui travaille à la gloire du judaïsme.
– Précisons encore que le protestantisme est largement représenté, depuis le texte fondateur des Constitutions d’Anderson au tout début du XVIIIe siècle, avec son lot de pré-requis non négociables sur la croyance en Dieu, celui des chrétiens naturellement.   

Le rite Œcuménique est inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté et de l’ancienne maçonnerie musulmane opérative, ainsi que des branches initiatiques de l’Islam (soufis, druzes et ismaéliens). Il fait toujours appel aux symboles et références communs au judéo-christianisme mais emprunte également à la symbolique musulmane (comme, par exemple, des signes de reconnaissance, une symbolique des couleurs en Islam ou du voyage initiatique du Prophète). Les trois grandes religions du Livre sont ainsi également représentées afin que chacun s’enrichisse des pensées de l’autre. Il s’agit bien ici, et uniquement, d’instaurer des repères culturels communs afin que chacun trouve sa place dans le déroulement d’une tenue.

Enfin, il est composé de sept degrés, précédés d’un état d’Aspirant / Mourid.

– Le 1° degré (Apprenti/Mubtad’i) est l’équivalent du 1° degré du REAA
– Le 2° degré (Compagnon/Mouqadem) est l’équivalent du 2° degré du REAA
– Le 3° degré (Maître/Nassib) est l’équivalent du 3° degré du REAA
– Le 4° degré (Maître Secret/Saïs= Vénérable) est l’équivalent du 4° degré du REAA
– Le 5° degré (Chevalier Rose-Croix /Naqib) est l’équivalent du 18° degré du REAA
– Le 6° degré (Chevalier Kadosch/Cheikh Aql) est l’équivalent du 30° degré du REAA
– Le 7° degré (Grand Commandeur / Al Qutb Al A’Azam) est l’équivalent au 33° degré du REEA


Quand la magie orientale s’incruste dans la tradition maçonnique


Quand la magie orientale s’incruste dans la tradition maçonnique. Ces rituels des quatre premiers degrés du rite Œcuménique (qui en compte sept), se structurent sur l’héritage des pères fondateurs, le REAA de 1804, et s’inspirent de l’ancienne maçonnerie musulmane opérative ainsi que des rituels des branches initiatiques de l’islam (Soufis, Druzes et Ismaéliens). C’est une adaptation (devrai-t-on dire « infiltration » ?) de ces rites orientaux qui sont synoptiques au REAA, mais qui à la différence des « nôtres », possèdent un aspect résolument magique. Ces « mystères » forment un apprentissage qui se complète au fil des grades, comme le récit d’Hiram qui se déroule en parallèle de la même manière.

En effet, les rituels qui soutiennent ces mystères orientaux sont étonnamment sont proches des rituels maçonniques, sur la forme comme sur le fond, à ce point qu’ils en sont parfois synoptiques (à la manière des évangiles du christianisme).
Le rite Œcuménique vise donc à « re-lier » la symbolique des trois mondes abrahamiques (chrétien, judaïque et musulman) en s’imprégnant des mystères de cet ésotérisme oriental.
Ce rite récent se pratique en France et en Orient, et cette édition est réalisée (un peu dans l’urgence) pour le Liban (pays arabe multiconfessionnel type) dont la maçonnerie est en pleine restructuration.
Les rituels sont complets (ouverture des TT :., fermeture, élévation et Instructions) et présentés dans leur contexte par une introduction d’une trentaine de pages.
N’en disons pas plus… il faut vous réserver du plaisir !

ISBN : 978-2-296-54445-1, 18 €, sortie fin février / début mars 2011.


La femme immortelle

woman leaning on her knees

La femme immortelle

Publié par Nicolas Munoz de la Mata


Qui connaît Henrietta Lacks ? Personne, ou à peu près. Et pourtant, nous lui devons tous quelque chose — et pour certains, la vie, ce qui n’est pas rien…
L’Histoire de cette femme, relatée par Rebecca Skloot, est d’abord parue chez Radom House, sous le titre «The immortal life of Henrietta Lacks ». Puis, en janvier dernier, en langue française, chez Calmann-Lévy.

Résumer le destin d’Henrietta Lacks, c’est se condamner à ressasser les mots « femme », « noire », « cobaye », « médecine » sans pour autant communiquer l’essentiel. Car c’est post mortem qu’elle a acquis.

Résumons  cette exceptionnelle histoire: en février 1951, Henrietta Lacks, une pauvre femme noire de 31 ans, qui a longtemps travaillé dans les champs de coton, comme ses ancêtres esclaves, est admise à l’hôpital Johns Hopkins de Baltimore. Créé à la fin du XIXème siècle à la suite d’un legs philanthropique, Johns Hopkins (devenu l’un des plus prestigieux centre de recherche médicale) a obligation, pour respecter la volonté du testateur, d’accueillir des patients indigents, sans distinction de race, qui n’ont pas les moyens de payer leurs soins — id est : des noirs, pour l’essentiel. Henrietta se plaint de douleurs au ventre. On lui diagnostique un cancer de l’utérus. Les médecins, sans lui demander son avis (ce qui, à l’époque, n’est pas illégal), lui prélèvent quelques cellules saines, ainsi que quelques cellules de sa tumeur.
En ce début des années 1950, les laboratoires du monde entier tentent de décrocher le Graal : la culture de cellules humaines, pour développer les expériences in vitro. Mais tout rate, partout : quand par miracle les cellules survivent en éprouvette, elles ne se reproduisent pas. On a pourtant tout essayé pour les nourrir : du sang de fœtus de bovin, du sang de poulet, du sang de cordon ombilical humain… Rien n’y fait.

C’est donc sans grand espoir que les médecins tentent de cultiver les cellules d’Henrietta Lacks. Ses cellules saines meurent d’ailleurs rapidement. Mais ses cellules malignes survivent. Et, miracle, elles se reproduisent à une vitesse vertigineuse. Le cancer d’Henrietta est lui-même foudroyant. Elle meurt le 4 octobre 1951, dans d’atroces souffrances. Mais, entre-temps, ses cellules ont déjà commencé de conquérir le monde, sous le nom de code HeLa (les deux premières lettres de ses nom et prénom).
Les cellules HeLa iront partout : elles traverseront la Cordillère des Andes à dos de mulet, elles prendront l’avion, le bateau, la voiture… la NASA les enverra dans l’espace… Il est impossible, aujourd’hui, d’estimer leur nombre. Une chose est sûre : il faudrait compter en milliards de milliards. Et elles continuent de se reproduire dans tous les laboratoires, où elles sont employées aussi bien par la médecine que par l’industrie cosmétique. Les cellules HeLa ont servi à percer les mystères du génome humain, elles ont servi à mettre au point le vaccin contre la polio, et j’en passe, et j’en passe. Bref, elles sont devenues, selon le mot de Rebecca Skloot, « la bête de somme de la biologie ».
 Dès les années 1960, des journalistes scientifiques avertis des miracles opérés grâce aux cellules HeLa souhaitaient informer le grand public de cette aventure peu banale. Ils désiraient donc « connaître les éléments fondamentaux liés au côté humain de l’affaire ». En clair : savoir la personne qui se cachait derrière l’appellation HeLa — on savait juste que c’était une femme de race noire. Le laboratoire qui avait prélevé les cellules refusa, de crainte « de s’attirer des ennuis en le révélant » (sic).

En 1973, un chercheur publiait une petite annonce dans la prestigieuse revue Nature : « Cette femme a véritablement atteint l’immortalité, à la fois dans les tubes à essai et dans le cœur des scientifiques du monde entier. Pourtant, nous ne connaissons pas son nom ! Quelqu’un a-t-il la réponse ? » Pour contrer la curiosité grandissante, le laboratoire lança des fausses pistes, évoquant une Helen Lane ou encore une Helen Larson, qui bien sûr n’avaient jamais existé.
 
Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que le nom d’Henrietta Lacks fut — timidement — dévoilé. Pour Rebecca Skloot, jeune journaliste scientifique, ce fut une révélation. Le grand œuvre de sa vie : elle allait restituer la biographie d’Henrietta, soldate inconnue morte au champ d’honneur de la science. L’entreprise lui a pris dix ans. Le résultat est admirable par quelque bout qu’on le prenne : c’est un formidable travail d’enquête journalistique, c’est un formidable témoignage humain. Le point d’orgue de l’émotion est sans doute atteint quand, grâce à l’entremise de Rebecca, Debborah, la fille d’Henrietta, est admise dans un laboratoire pour observer les cellules de sa mère au microscope, et que celles-ci se reproduisent sous leurs yeux.

Depuis soixante ans, les cellules d’Henrietta Lacks ont donné lieu à un commerce lucratif, et enrichi nombre de personnes à travers le monde (car bien sûr, les cellules HeLa ne se donnent pas : elles se vendent…). Mais la famille d’Henrietta, elle, est toujours aussi pauvre, et n’a toujours pas les moyens de se payer le médecin…
Ce livre apporte tant de révélations (on est abasourdi, par exemple, d’apprendre que dans les années 1950, les cellules HeLa ont été inoculées à des humains non avertis — de préférence des femmes pauvres ou des détenus…) qu’il pose de multiples questions. Il devrait aussi faire réfléchir tous les eugénistes, car c’est quand même une négresse misérable et souffreteuse, rongée par les maladies vénériennes, qui aura contribué à l’élévation de l’espérance de vie de toute l’humanité…  
 
…Aussi, quelle que soit sa morphologie et la pigmentation plus ou moins prononcée de son épiderme, tout être humain devrait désormais considérer qu’il appartient à la famille d’Henriette Lacks

Nicolas Munoz De La Mata